La procureure générale de New York a déposé une plainte contre Polymarket, accusé d'exploiter une maison de jeux sans licence. L'État réclame la restitution des gains, des pénalités équivalentes au triple de ces sommes et 100 000 dollars pour chaque pari sportif proposé illégalement. La plateforme a répliqué quelques heures plus tard, devant la justice fédérale cette fois.
Quel est le problème ?
Letitia James a déposé le 24 septembre, devant un tribunal de Manhattan, une plainte d'une trentaine de pages contre Polymarket US, avec le soutien de la gouverneure Kathy Hochul. D'après le texte, la plateforme permet de miser de l'argent sur des matchs, des élections et à peu près n'importe quel événement sans la moindre licence de la commission des jeux de l'État. La plainte insiste sur les paris sportifs, poussés à grand renfort de publications sur X depuis juillet 2025, et sur l'âge des parieurs : Polymarket accepte les mises dès 18 ans, alors que New York impose 21 ans pour ce type de paris. La procureure accuse la société de cibler les publics les plus fragiles.
Polymarket contre-attaque
La réponse n'a pas traîné. Quelques heures après le dépôt, Polymarket a demandé le transfert du dossier devant la justice fédérale et a porté plainte de son côté contre la procureure et les responsables de la commission des jeux. Son argument est connu : les marchés de prédiction sont des marchés à terme, régulés par la CFTC au niveau fédéral, et par elle seule. Bannie des joueurs américains depuis un accord passé avec cette même CFTC en 2022, elle a obtenu en novembre 2025 le feu vert pour revenir dans le pays, a relancé son application américaine dans la foulée et l'a ouverte à tout le monde en mai. Fondée à New York, elle y emploie toujours plus de 350 personnes.
C'est toute la filière qui est ciblée
New York mène en fait une offensive globale contre ces plateformes. Kalshi, le grand rival, est poursuivi depuis juillet, Coinbase et Gemini depuis avril. En face, la CFTC de l'administration Trump défend ces sites et répète que les États n'ont pas leur mot à dire. Les tribunaux se contredisent joyeusement, une cour d'appel a donné raison aux marchés de prédiction contre le New Jersey, une autre a validé en août la position du Nevada contre Kalshi. Le détail le plus rigolo de l'histoire, c'est qu'ICE, la maison mère de la Bourse de New York, a investi 2 milliards de dollars dans Polymarket. L'État de New York attaque donc une société financée par le temple de la finance new-yorkaise.
On en dit quoi ?
Miser 50 dollars sur le vainqueur d'un match, avec ou sans habillage de contrat à terme, tout le monde comprend que c'est un pari. L'accès dès 18 ans est le vrai point faible de la défense de Polymarket. Mais la vraie question, savoir si un État peut interdire ce que le régulateur fédéral autorise, dépasse largement ce dossier, et vu les décisions contradictoires qui s'empilent, il faudra sans doute attendre la Cour suprême pour départager tout ce petit monde. Par chez nous, en France, et en Belgique, le site est considéré comme illégal.