Après avoir intégré les chaînes de TF1 en France cet été, Netflix discuterait avec NBCUniversal et Fox pour héberger Peacock et Fox One directement chez lui. Un virage à 180 degrés pour un service qui s'est longtemps rêvé en destination unique du divertissement, et qui semble désormais vouloir devenir le guichet unique du streaming.
Le modèle Amazon comme boussole
L'idée n'a rien de nouvelle, puisque c'est peu ou prou ce que fait Amazon Prime Video depuis des années, en permettant à ses abonnés de souscrire à HBO Max, Paramount+ ou Apple TV+ sans jamais quitter son interface. Netflix regarderait donc du côté de ce modèle, avec l'envie de retenir ses utilisateurs non plus seulement autour de son propre catalogue, mais en les gardant chez lui pour naviguer d'un service à l'autre au gré de leurs envies. Le tout est rapporté par le New York Times, qui s'appuie sur trois sources proches du dossier, et illustre à quel point les plateformes autrefois présentées comme rivales deviennent poreuses dès que le marché arrive à maturité.
TF1 en éclaireur, Peacock et Fox One en ligne de mire
En France, le mouvement a déjà commencé, puisque Netflix diffuse depuis le 19 juin les cinq chaînes de TF1 en direct ainsi qu'une partie du catalogue de TF1+, y compris pour les abonnés à la formule sans publicité. Son co-directeur général Greg Peters a qualifié les premiers résultats de très prometteurs lors de la présentation des comptes en juillet, en se disant prêt à envisager d'autres accords du même genre. C'est là qu'entrent en scène les Américains Peacock, propriété de NBCUniversal, et Fox One, du côté de Fox. Rien n'est signé pour autant, Netflix ayant prévenu qu'aucun accord n'était imminent et que les échanges en restaient au stade exploratoire, sans même trancher entre revendre ces abonnements à la manière d'Amazon ou intégrer directement leurs contenus dans son application.
Un pari sur l'attention
Ce grand écart stratégique s'explique par un chiffre qui parle de lui-même, puisque selon la société d'analyse Antenna, le nombre d'abonnements souscrits via des plateformes tierces comme Amazon ou YouTube a bondi d'environ 60 % en trois ans, au point de représenter aujourd'hui près d'un tiers des nouvelles souscriptions. Passer par un intermédiaire coûte pourtant cher, avec une part des revenus d'abonnement et de publicité qui file chez l'hôte, sans parler de la relation directe avec le client qui s'efface. Mais la vraie bataille se joue ailleurs, sur la fameuse application que vous ouvrez en allumant votre téléviseur le soir, et c'est précisément ce terrain-là que Netflix veut verrouiller.
On en dit quoi ?
Voir Netflix, qui a passé des années à se vendre comme LA destination unique du divertissement, se transformer peu à peu en galerie marchande où l'on croise ses concurrents, ça a quelque chose de savoureux. La logique se tient quand même, parce que mieux vaut encaisser une commission sur un abonné Peacock que de le voir filer chez Amazon. On reste prudent, les discussions n'en sont qu'au tout début et Netflix pourrait très bien ne jamais franchir le pas côté américain. Reste que le TF1 français a déjà montré la direction.