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La Chine teste un outil capable de couper des câbles sous-marins à 3 500 mètres de profondeur

Par Vincent Lautier - Publié le

Le navire chinois Haiyang Dizhi 2 a testé début avril un outil sous-marin capable de sectionner des tuyaux et câbles au fond de l'océan, à 3 500 mètres de profondeur. Pékin parle de maintenance de pipelines pétroliers. Le reste du monde, qui sait que 99% du trafic internet passe par ces câbles, pense à autre chose.

La Chine teste un outil capable de couper des câbles sous-marins à 3 500 mètres de profondeur


Un test en conditions réelles



Le 11 avril, le Haiyang Dizhi 2, un navire de recherche chinois, a mené en mer un essai de ce que la presse officielle appelle un actionneur électro-hydrostatique. Le dispositif combine hydraulique, moteur électrique et système de contrôle dans un seul module, renforcé pour résister à la pression et à la corrosion des grandes profondeurs. Il peut couper un tuyau de 20 centimètres de diamètre en 20 minutes à 3 500 mètres sous la surface. En 2025, la même opération prenait encore 5 heures. Le gouvernement chinois a salué le résultat et parlé d'un dernier kilomètre entre le développement technologique et l'application sur le terrain. Le message est clair : l'outil est prêt à être déployé.

La Chine teste un outil capable de couper des câbles sous-marins à 3 500 mètres de profondeur


99% du trafic internet au fond des océans



Le problème, c'est que les câbles sous-marins en fibre optique transportent environ 99% du trafic internet intercontinental. Plus de 500 câbles relient les continents entre eux au fond des océans, et toute l'économie numérique mondiale repose dessus. Si un pays disposait d'un outil fiable pour aller les sectionner à 3 500 mètres, les conséquences iraient bien au-delà d'une coupure de réseau. La Chine le sait, puisque les câbles qui relient Taiwan au reste du monde passeraient par une zone très surveillée en cas de conflit.

La Chine teste un outil capable de couper des câbles sous-marins à 3 500 mètres de profondeur


Des précédents qui inquiètent



Ce test ne tombe pas de nulle part. Ces deux dernières années, plusieurs incidents de coupure de câbles sous-marins ont alimenté les tensions en mer Baltique et en mer Rouge. Des sous-marins russes ont été repérés à proximité d'infrastructures critiques au large du Royaume-Uni, et un pétrolier de la flotte fantôme russe a endommagé un câble sur 90 kilomètres en traînant son ancre dans la Baltique. La réparation d'un seul câble coûte entre 1 et 3 millions de dollars, sans compter les pertes économiques indirectes. Pékin présente sa technologie comme un outil civil de maintenance de pipelines, mais le timing et les capacités affichées rendent le discours un peu difficile à prendre au premier degré.

On en dit quoi ?



Que la technologie serve aussi à la maintenance civile, c'est probable. Mais annoncer publiquement qu'on peut trancher un câble au fond de l'océan en 20 minutes, c'est aussi un message envoyé au reste du monde. L'internet mondial tient à 500 câbles posés dans le noir au fond de l'eau, et pour l'instant personne n'a de solution crédible pour tous les protéger.