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Voitures électriques : l'Europe ferme la porte à la Chine avec son plan "Made in Europe"

Par Vincent Lautier - Publié le

La Commission européenne vient de dévoiler sa loi sur l'accélération industrielle, portée par le commissaire Stéphane Séjourné. L'idée : réserver les financements publics européens aux produits fabriqués en Europe, avec des seuils de contenu local qui montent jusqu'à 70 % pour les véhicules électriques. La Chine est directement visée, mais les États-Unis aussi.

Voitures électriques : l'Europe ferme la porte à la Chine avec son plan "Made in Europe"


Une préférence européenne assumée



La Commission européenne a donc présenté sa loi sur l'accélération industrielle, et elle ne fait pas dans la demi-mesure. Le texte met en place une "préférence européenne" qui conditionne l'accès aux financements publics de l'UE à un minimum de contenu fabriqué en Europe. Trois secteurs sont concernés : les technologies propres, l'automobile et les industries énergivores comme l'aluminium, l'acier ou le ciment. Le contexte est assez lourd : 200 000 emplois ont été perdus en Europe depuis 2024 dans ces filières, et 600 000 suppressions de postes sont attendues dans l'automobile d'ici la fin de la décennie.

Voitures électriques : l'Europe ferme la porte à la Chine avec son plan "Made in Europe"


70 % de contenu européen pour les véhicules électriques



Pour les voitures électriques, le seuil est fixé à 70 % de contenu européen, hors composants de batterie. Pour l'aluminium et le ciment, on est à 25 %. Le label "Fabriqué en Europe" pourra aussi être accordé aux produits qui viennent de pays ayant signé un accord de libre-échange avec l'UE et qui appliquent la réciprocité. Ce qui exclut de fait la Chine, mais aussi les États-Unis, et potentiellement le Canada. Les pays nordiques et la zone balte ont d'ailleurs fait part de leurs réserves, craignant que ces règles ne freinent les investissements par chez eux. La France, elle, pousse pour un texte encore plus protectionniste.

Voitures électriques : l'Europe ferme la porte à la Chine avec son plan "Made in Europe"


Des investissements chinois sous haute surveillance



Le plan va aussi plus loin sur les investissements directs étrangers. Pour tout investissement de plus de 100 millions d'euros dans les batteries, les véhicules électriques, les panneaux solaires ou les matières premières, de nouvelles conditions s'appliquent dès lors que l'investisseur vient d'un pays qui détient plus de 40 % du marché mondial dans le secteur. Il y a toute une liste : 50 % de travailleurs européens, participation étrangère limitée à 49 %, coentreprises obligatoires avec des entités locales, transferts de technologie, et au moins 30 % de la production réalisée dans l'UE. Comme l'a résumé un fonctionnaire européen : L'Europe n'est pas un supermarché, elle doit être une usine.

On en dit quoi ?



On attendait ce texte depuis des mois, et il arrive dans un contexte où l'industrie européenne est clairement en difficulté. L'intention est claire : éviter que les usines chinoises installées en Europe ne servent qu'à contourner les droits de douane sans créer de vrais emplois. Le seuil de 70 % pour les véhicules électriques est fort par exemple, mais le fait que les batteries en soient largement exclues montre bien que l'Europe sait qu'elle ne peut pas se passer des cellules chinoises du jour au lendemain. Reste que ce texte doit encore passer au Parlement et au Conseil, et vu les désaccords entre les États membres, on n'a probablement pas fini d'en entendre parler.