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Pour échapper définitivement aux Gafam, le cloud Infomaniak se rend invendable

Par Vincent Lautier - Publié le

Le groupe genevois Infomaniak a transféré 65 % de ses droits de vote à une fondation suisse d'utilité publique, créée pour empêcher tout rachat. C'est une première dans le cloud souverain européen, à un moment où la dépendance aux Gafam et le Cloud Act américain font monter la pression sur les acteurs locaux.

Pour échapper définitivement aux Gafam, le cloud Infomaniak se rend invendable


Un transfert acté chez le notaire



Boris Siegenthaler, fondateur du Suisse Infomaniak, a signé chez le notaire le transfert de 65 % des droits de vote du groupe à une nouvelle fondation suisse d'utilité publique. La fondation détient aussi 15 % de la valeur de la société. Concrètement, plus aucun rachat, cession ou prise de contrôle ne peut intervenir sans son accord. Les 36 autres actionnaires, tous salariés d'Infomaniak, ont approuvé l'opération à l'unanimité. La direction opérationnelle reste en place avec Marc Oehler au poste de CEO, Céline Morey à la direction financière, et Siegenthaler comme directeur de la stratégie.

Pour échapper définitivement aux Gafam, le cloud Infomaniak se rend invendable


340 salariés, 56 millions de chiffre d'affaires, zéro investisseur externe



Fondée en 1994, Infomaniak emploie plus de 340 personnes en Suisse et a réalisé 56 millions de francs suisses (62 millions d'euros) de chiffre d'affaires en 2025, en hausse de 50 % sur trois ans. L'entreprise propose de l'hébergement, des emails, des outils collaboratifs, du stockage et du streaming, le tout depuis ses propres centres de données helvétiques. Particularité : Infomaniak n'a jamais fait appel à des investisseurs externes en plus de trente ans, et c'est précisément ce qui rendait possible ce passage sous fondation. Pas de fonds d'investissement à rembourser, pas d'actionnaires extérieurs à convaincre.

Pour échapper définitivement aux Gafam, le cloud Infomaniak se rend invendable


La souveraineté numérique en réponse aux Gafam



L'Europe regarde avec inquiétude la dépendance massive de ses entreprises aux hyperscalers américains comme AWS, Microsoft Azure ou Google Cloud, et plusieurs acteurs européens du cloud ont été rachetés ou absorbés ces derniers mois. Pour les clients d'Infomaniak, l'enjeu est aussi celui du Cloud Act américain, cette loi qui permet aux autorités US de demander l'accès aux données hébergées par une entreprise américaine, peu importe où elles se trouvent physiquement. En verrouillant son capital dans une fondation suisse, Infomaniak veut garantir que ses serveurs et les données qu'ils contiennent resteront sous droit helvétique, et hors d'atteinte d'un futur acquéreur étranger.

On en dit quoi ?



Honnêtement, le geste de Siegenthaler est plutôt courageux. Beaucoup de fondateurs auraient sorti la cagnotte au moment où leur boîte approche les 60 millions de chiffre d'affaires, lui choisit de la verrouiller pour qu'elle reste suisse. Pour les utilisateurs d'iCloud, de Google Drive ou de Dropbox, l'argument est bien là : ces services restent soumis au Cloud Act américain, alors qu'un hébergeur sous fondation suisse devient une vraie alternative pour garder un peu de contrôle sur ses données. Côté Europe, on attend toujours qu'un acteur ait le même courage.