Face à la domination des géants américains des réseaux sociaux, l’Europe tente une nouvelle fois de reprendre la main. Le réseau social W, présenté en début d’année lors du Forum économique mondial de Davos, vient officiellement d’ouvrir ses portes au public avec une première version accessible à tous. Son ambition est de proposer une alternative européenne à X, en misant sur la transparence, la lutte contre la désinformation et la vérification systématique des utilisateurs.
Un nom choisi exprès !
Forcément, la coïncidence était trop grande. Après le passage de Twitter à X sous l’impulsion d’Elon Musk, les fondateurs de W ont volontairement opté pour une lettre voisine de l’alphabet afin de symboliser leur volonté de proposer une alternative européenne au célèbre réseau social américain. Basée en Suède, l’entreprise met en avant plusieurs valeurs censées la différencier de ses concurrents : protection des données, hébergement en Europe et lutte renforcée contre les faux comptes.
Le projet bénéficie déjà du soutien de plusieurs personnalités politiques européennes. Le président du Conseil européen, Antonio Costa, figure parmi les premiers utilisateurs à avoir publié un message sur la plateforme. Il a notamment salué une plateforme sur laquelle les données sont entièrement hébergées en Europe, où la lutte contre la désinformation est une priorité et où les utilisateurs sont tous des humains vérifiés.
Fin des bots et des faux comptes ?
La principale particularité de W concerne son système d’inscription. Contrairement à X, Facebook ou TikTok, chaque nouvel utilisateur doit prouver son identité à l’aide d’un document officiel, comme un passeport ou une carte d’identité, via une application dédiée.
L’objectif est de vérifier que chaque compte correspond bien à une personne réelle. Une fois cette étape franchie, les utilisateurs restent libres d’utiliser un pseudonyme sur la plateforme. Le système vise donc à préserver une certaine confidentialité tout en limitant fortement la prolifération des faux comptes automatisés et des réseaux de bots qui empoisonnent de nombreux débats en ligne.
L’Europe cherche son champion (numérique)
W n’est pas le seul projet à vouloir bâtir une alternative européenne aux grandes plateformes américaines. Toutes ces plateformes partagent une même ambition : réduire la dépendance de l’Europe aux grands acteurs américains et asiatiques.
Ces derniers mois, plusieurs initiatives ont vu le jour : Bulle, qui se présente comme un réseau social sain ; Eurosky, une plateforme ouverte permettant d’accéder à différents réseaux sociaux indépendants ; eYou, un autre projet centré sur la souveraineté numérique européenne ; Monnett, un réseau à mi-chemin entre TikTok et Instagram dont la version complète est attendue début juillet.
Un défi titanesque
Aujourd’hui, les réseaux sociaux sont largement dominés par quelques géants mondiaux. Dans l’Union européenne, Facebook et Instagram revendiquent plus de 259 millions d’utilisateurs, devant TikTok avec près de 136 millions et X avec plus de 115 millions d’utilisateurs.
Face à de tels chiffres, les nouveaux entrants partent avec un handicap considérable. Mais le contexte géopolitique actuel pourrait leur offrir une fenêtre d’opportunité. Les tensions croissantes entre l’Europe et les États-Unis sur les questions de données personnelles, de régulation et de souveraineté numérique alimentent depuis plusieurs mois un intérêt croissant pour des solutions développées localement.
Qu'en penser ?
L’idée d’un réseau social européen n’est pas nouvelle. Plusieurs tentatives ont déjà vu le jour ces dernières années sans jamais parvenir à rivaliser avec les géants américains. W dispose néanmoins d’un argument différenciant fort : la vérification systématique de l’identité des utilisateurs. À l’heure où les contenus générés par intelligence artificielle, les faux comptes et les campagnes de désinformation se multiplient, cette approche pourrait séduire une partie du public.
Reste à savoir si les internautes sont prêts à accepter cette vérification d’identité en échange d’un environnement numérique plus fiable. Car dans l’univers des réseaux sociaux, la technologie n’est souvent qu’une partie du problème : le véritable défi consiste à attirer suffisamment d’utilisateurs pour créer une communauté active. Et sur ce terrain, W part encore de très loin.