C'est un réseau social, son nom tient en une lettre. Et non, ce n'est pas X mais W ! Basé en Suède et piloté depuis la Suisse, ce nouveau venu impose l'identification de ses membres pour bannir définitivement les bots. Une approche privacy by design qui place la souveraineté numérique au cœur de l'expérience utilisateur.
Un “Twitter en mieux” ?
Présenté à Davos, le projet W fait un pari audacieux : celui de la transparence totale. Anna Zeiter —Chief Privacy Officer (CPO) chez eBay et désormais CEO de W— ne cherche pas à réinventer complètement le format. Elle le compare d'ailleurs à une version améliorée de feu Twitter, avec un cadre axé sur la vérification des informations. Ainsi, le nom même de W serait la réunion de deux lettres, les deux V de valeurs et de vérifié.
Il s'agit pour elle de répondre à une crise de confiance alimentée par la désinformation à grande échelle, avec une plateforme conçue, gérée et hébergée en Europe. Car l'UE ne veut plus dépendre uniquement de réseaux américains, souvent accusés de laisser dériver leurs règles de modération, de monétiser la polarisation… ou de gouverner leurs algorithmes de manière opaque.
Moins d'IA, plus d'humain
Parmi les nouveautés de ce réseau, se trouve l’identification obligatoire pour éliminer les bots et les faux comptes. Si on voit bien les raisons de ce choix, celui-ci risque de soulever des polémiques, puisqu'il veut casser l'anonymat historique des réseaux sociaux,
W veut sortir les utilisateurs des filtres dans leur flux, là où les algorithmes classiques ne nous montrent que ce que nous aimons déjà. La plateforme promet de proposer des points de vue variés dans le feed. Là encore, le défi est immense, d'autant qu'un contenu plus ouvert est souvent moins addictif et plus conflictuel.
Un réseau souverain
Face aux géants américains, W veut jouer la carte de la souveraineté européenne. Les données seront hébergées en Europe via une architecture décentralisée. Respect strict du RGPD, "privacy by design" : le projet coche toutes les cases de la confiance et de la transparence. C'est l'argument massue pour séduire les institutions et les utilisateurs soucieux de leur vie privée.
Enfin, la structure est paneuropéenne. Domicilié en Suède, W est un pur produit européen. Son organisation est éclatée sur tout le continent : à Zurich pour la direction (Anna Zeiter), à Paris et Berlin pour l'ancrage politique, à Londres pour le commercial et en... Ukraine pour la partie technique.
Une version bêta est attendue dès février, avec une ouverture au public d’ici la fin de l’année. Mais la route est longue : entre X, Threads, Bluesky et Mastodon, le marché est saturé. W mise tout sur une fonctionnalité unique : la confiance. Reste à voir si cela suffira pour déclencher un exode massif depuis X, qui conserve malgré tout une influence énorme.
Qu’en penser ?
W ne cherche pas à être le réseau social le plus "fun", mais le plus sain. En imposant l'identité réelle et en cassant les bulles de filtres, la plateforme prend le contre-pied total de la "muskisation" du Web. C'est un projet politique autant que technologique. Le succès de W dépendra d'une seule question : sommes-nous prêts à sacrifier un peu de confort algorithmique pour retrouver un débat de qualité ?