Will Prowse, référence mondiale du test de batteries sur YouTube, a rouvert deux Wattcycle achetées récemment. Et l'intérieur n'a plus grand-chose à voir avec le modèle qu'il avait encensé en vidéo : barres de cuivre disparues, câblage au rabais. Une combine vieille comme le monde, qui pose une vraie question sur ce que valent certains tests en ligne.
Le démontage qui a tout déclenché
Wattcycle, pour situer, c'est une marque de batteries au lithium-fer-phosphate vendues surtout sur Amazon, ces packs qui stockent l'électricité d'un panneau solaire ou alimentent un camping-car, un bateau, une cabane loin du réseau. Rien à voir avec une batterie de démarrage. Tout part de DIY Solar Power, la chaîne que la communauté du solaire en autoconstruction suit comme une boussole. Prowse y avait démonté une de ces batteries face caméra, avec ses barres de cuivre massives et une finition digne de modèles deux fois plus chers. Sauf que des acheteurs ont signalé un souci, et il a fini par ouvrir deux exemplaires récents, un commandé par un client, un autre acheté de sa poche. Le verdict pique un peu. Les belles barres de cuivre ont laissé place à du câble standard. Les fils d'équilibrage ne sont même plus protégés. Et le BMS, ce circuit qui surveille chaque cellule pour éviter la surchauffe, change carrément d'un boîtier à l'autre, cellules dépareillées en prime.
Le golden sample, une vieille combine
La manoeuvre a un nom dans l'industrie, le golden sample, l'échantillon parfait. On envoie au testeur vedette un modèle peaufiné, on empoche les bonnes notes et les liens d'affiliation qui dopent les ventes, puis on rabote sur les pièces une fois le produit lancé, sûr que personne ne rouvrira la boîte. Et la différence se mesure. Au banc d'essai, la chute de tension du nouveau câblage dépasse nettement celle des câbles d'origine. En clair, ça chauffe plus et ça encaisse moins bien les grosses décharges. Et ces batteries LFP ne sont pas données : autour de 210 euros en France pour un modèle 12 volts de 100 Ah. À ce prix, on aimerait éviter la loterie.
Le boîtier transparent comme parade
Prowse ne compte pas en rester là. Il réfléchit à faire signer un engagement écrit aux marques qui lui envoient du matériel : interdiction de modifier l'intérieur d'un produit testé sans l'annoncer. Il défend aussi une idée toute bête, déjà appliquée par quelques fabricants. La coque transparente. Dès qu'on aperçoit les cellules et le câblage à travers le plastique, maquiller l'intérieur devient nettement plus risqué. Et Wattcycle est loin d'être la seule concernée.
On en dit quoi ?
Difficile de ne pas tiquer. Un test, même sérieux et honnête, ne vaut que pour le boîtier ouvert ce jour-là devant l'objectif. Celui qui arrive chez vous, c'est une autre paire de manches. Et le souci dépasse les batteries solaires. Dès qu'un avis influent fait décoller les ventes, la tentation de chouchouter le seul exemplaire des testeurs devient énorme, comme avec ces smartphones qui gonflent leurs performances dès qu'ils flairent un logiciel de mesure. La coque transparente a au moins le mérite de l'honnêteté. À quand une vitre sur nos batteries externes, tant qu'on y est ?