L’Europe continue de renforcer son indépendance dans les semi-conducteurs. Le fabricant allemand Infineon a inauguré ce jeudi sa nouvelle usine de puces à Dresde, en Allemagne, avec trois mois d’avance sur le calendrier initial. Derrière cet investissement de 5 milliards d’euros, le plus important de l’histoire du groupe, se cache un objectif clair : réduire la dépendance européenne vis-à-vis de l’Asie et des États-Unis sur un composant devenu stratégique pour l’automobile, l’intelligence artificielle et la transition énergétique.
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Une usine au coeur du Chips Act Européen
Baptisée Smart Power Fab, cette nouvelle usine a nécessité près de trois ans de travaux, entamés en mai 2023. Sur les cinq milliards d’euros investis, un milliard provient de financements européens dans le cadre du Chips Act, le vaste plan destiné à renforcer la production de semi-conducteurs sur le continent.
L’ambition de Bruxelles est de doubler la part de l’Europe dans la production mondiale de puces, de 10 % aujourd’hui à 20 % d’ici 2030. Lors de l’inauguration, le président du directoire d’Infineon, Jochen Hanebeck, a rappelé que la souveraineté technologique ne se construit pas avec des mots, mais avec des usines comme celle-ci.
des puces essentielles à l'IA
Contrairement aux processeurs destinés aux smartphones ou aux ordinateurs, cette usine fabriquera principalement des puces de gestion intelligente de l’énergie. Ces composants sont indispensables dans de nombreux secteurs : voitures électriques, éoliennes, panneaux solaires, infrastructures industrielles, mais aussi centres de données alimentant les services d’intelligence artificielle.
Face à l’explosion des besoins énergétiques liés aux IA génératives, ces semi-conducteurs deviennent eux aussi des éléments stratégiques. Infineon poursuit ainsi sa diversification. Longtemps très dépendant du secteur automobile, le groupe mise désormais davantage sur les infrastructures électriques et l’essor de l’intelligence artificielle.
Dresde, la "Silicon Saxony"
L’usine est implantée au cœur de la Silicon Saxony, l’un des principaux pôles européens dédiés aux semi-conducteurs. La région accueille près de 2 500 entreprises spécialisées ainsi que neuf universités formant des milliers d’ingénieurs. Selon le ministre allemand du Numérique, une puce européenne sur trois est aujourd’hui fabriquée en Saxe.
L’arrivée de cette nouvelle usine permettra la création de 1 000 emplois supplémentaires, portant les effectifs du site de Dresde à plus de 5 000 salariés. Infineon précise qu’une partie importante des recrutements provient de l’international, avec une cinquantaine de nationalités représentées.
Une production 24/24
Comme toutes les usines de semi-conducteurs modernes, la Smart Power Fab fonctionnera 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Dans les salles blanches, où le moindre grain de poussière peut compromettre la fabrication d’une puce, les opérateurs travaillent dans un environnement hautement robotisé, équipés de combinaisons intégrales, de cagoules, de masques et de gants afin d’éviter toute contamination.
Si la construction d’une telle usine représente plusieurs milliards d’euros, le coût de fabrication de chaque puce diminue ensuite fortement grâce aux importantes économies d’échelle.
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Qu’en penser ?
Cette inauguration illustre parfaitement la nouvelle stratégie industrielle européenne. Face aux tensions géopolitiques et à l’explosion de la demande liée à l’intelligence artificielle, sécuriser la production de semi-conducteurs est devenu un enjeu majeur. Si l’Europe reste encore loin derrière les géants asiatiques comme TSMC ou Samsung, des investissements de cette ampleur montrent que le continent entend reprendre progressivement la main sur une technologie devenue essentielle à l’économie numérique.