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Cloud, IA, puces : l’Europe peut-elle rivaliser avec les États-Unis et la Chine ?

Par Laurence - Publié le

Après avoir longtemps regardé passer les révolutions du numérique, l'Union européenne tente une nouvelle fois de reprendre la main. Bruxelles vient de présenter un vaste plan consacré à la souveraineté technologique, avec pour objectif de réduire la dépendance du continent aux géants américains et chinois dans des domaines stratégiques comme le cloud, l'intelligence artificielle et les semi-conducteurs.

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Le cloud dans le viseur



L'un des principaux objectifs du plan européen concerne les infrastructures cloud. Aujourd'hui, le marché européen est largement dominé par les géants américains. Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud représentent à eux seuls près de 80 % des services cloud utilisés sur le continent.

Pour Bruxelles, cette situation pose un problème de souveraineté. La Commission européenne souhaite désormais instaurer plusieurs niveaux de protection pour les marchés publics. Dans les secteurs les plus sensibles, comme la défense ou la santé, les fournisseurs européens pourraient bénéficier d'un accès privilégié, voire exclusif.

Il s'agit d'éviter qu'une infrastructure critique européenne puisse un jour dépendre d'une décision prise à Washington ou ailleurs. Certains responsables européens évoquent même le risque d'un kill switch, c'est-à-dire la possibilité théorique qu'un gouvernement étranger coupe l'accès à des services essentiels utilisés par des hôpitaux, des administrations ou des infrastructures militaires.

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L'intelligence artificielle comme dernière chance



Cette nouvelle stratégie s'appuie largement sur l'intelligence artificielle. Dans son rapport publié l'an dernier, l'ancien président du Conseil italien Mario Draghi estimait que le décrochage économique entre l'Europe et les États-Unis s'expliquait en grande partie par le retard accumulé dans les technologies numériques.

Après avoir manqué l'essor des géants de l'internet, l'Europe voit dans l'IA une occasion de revenir dans la course. Mais le défi est immense. Aujourd'hui, les modèles les plus avancés sont développés par OpenAI, Anthropic, Google ou encore DeepSeek. La seule entreprise européenne régulièrement citée parmi les acteurs capables de rivaliser est la française Mistral AI.

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Bruxelles souhaite également renforcer sa position dans les semi-conducteurs. Le premier Chips Act européen n'a pas permis d'attirer autant d'usines que prévu malgré plusieurs milliards d'euros de subventions.

La Commission tente désormais une approche différente en stimulant la demande pour des composants européens plutôt qu'en se concentrant uniquement sur la production. L'industrie automobile, notamment, pourrait être incitée à diversifier davantage ses fournisseurs afin de limiter sa dépendance à certains fabricants asiatiques.

L'atout caché de l'Europe



Malgré son retard, l'Europe conserve toutefois un avantage stratégique majeur : l'entreprise néerlandaise ASML qui demeure aujourd'hui incontournable dans la fabrication des semi-conducteurs avancés. Ses machines de lithographie ultraviolette extrême sont indispensables à la production des puces les plus sophistiquées au monde.

Sans ASML, ni Nvidia, ni TSMC, ni Samsung ne pourraient fabriquer leurs processeurs les plus performants. Ce qui constitue un levier considérable dans un secteur devenu hautement géopolitique.

Mais la bataille ne fait que commencer. L'Europe accuse un retard important dans la construction de centres de données dédiés à l'intelligence artificielle. Les coûts énergétiques élevés, les procédures administratives complexes et les difficultés d'accès au financement continuent de freiner l'émergence de champions européens capables de rivaliser avec les géants américains. La Commission européenne vise désormais un premier résultat tangible d'ici 2030.

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Qu'en penser ?



Ce nouveau plan montre surtout que l'Europe a pleinement pris conscience de sa dépendance technologique. Les sanctions américaines contre certains responsables de la Cour pénale internationale, les tensions commerciales avec la Chine ou encore l'explosion de l'intelligence artificielle ont servi d'électrochoc.

Pour autant, l'objectif n'est pas de devenir totalement autonome, ce qui paraît irréaliste dans une économie mondialisée. Bruxelles cherche plutôt à sécuriser les maillons les plus stratégiques de la chaîne technologique tout en capitalisant sur ses points forts, à commencer par ASML et son immense marché intérieur. Reste à voir si cette ambition se traduira enfin par l'émergence de véritables géants européens capables de rivaliser avec la Silicon Valley et les groupes chinois.