Distinguer un morceau composé par un artiste d’une musique générée en quelques secondes par une intelligence artificielle devient de plus en plus compliqué. Apple Music veut apporter un peu plus de transparence : la plateforme affichera d’ici la fin de l’année des labels permettant d’identifier les contenus dont une partie importante a été créée avec une IA. Et contrairement à certains dispositifs concurrents, leur déclaration devrait être obligatoire.
UN LABEL POUR IDENTIFIER LES MUSIQUES GÉNÉRÉES PAR IA
D'après Hollywood Reporter, Apple prépare une nouvelle évolution de sa plateforme de streaming face à l’explosion des contenus générés par intelligence artificielle. Dans un message adressé cette semaine aux professionnels de l’industrie musicale, Apple Music annonce l’arrivée de labels visibles permettant d’identifier les morceaux utilisant significativement l’IA. Le système doit être déployé dans le courant de l’année, sans date plus précise pour le moment.
Elle avait déjà commencé à préparer le terrain en mars avec ses AI Transparency Tags. Jusqu’à présent, ces métadonnées permettaient aux maisons de disques et aux distributeurs d’indiquer qu’un contenu avait été en grande partie généré grâce à une intelligence artificielle. La différence est importante : ces informations devraient désormais devenir visibles pour les auditeurs directement dans Apple Music.
UNE DÉCLARATION QUI DEVIENDRA OBLIGATOIRE
Cupertino compte surtout aller plus loin en imposant cette transparence aux fournisseurs de contenus. Les AI Transparency Tags devront être renseignés dès lors que l’intelligence artificielle a participé à la création d’une partie significative d’un morceau. Cela comprend évidemment les titres entièrement ou principalement produits par une plateforme d’IA générative.
Elle définit d’ailleurs ces derniers comme des contenus provenant principalement d’un service d’intelligence artificielle générative. La firme n’a en revanche pas encore expliqué comment elle compte vérifier ces déclarations ni quelles sanctions pourraient être appliquées en cas d’absence de signalement.
La frontière risque également de devenir assez complexe. L’IA est désormais présente dans de nombreux logiciels de production musicale, parfois simplement pour nettoyer une piste, séparer des instruments ou assister le mixage. Tout l’enjeu sera donc de déterminer à partir de quel niveau son utilisation devient suffisamment importante pour nécessiter un label.
SPOTIFY S’ATTAQUE ÉGALEMENT AU PROBLÈME
Apple Music n’est évidemment pas la seule plateforme confrontée à cette multiplication des morceaux artificiels. La RIAA et l’IFPI ont récemment demandé aux services de streaming d’identifier clairement les contenus générés par IA, à la manière des labels déjà utilisés pour les paroles explicites.
Spotify a lui aussi renforcé ses règles. Le service prévoit notamment d’identifier certains artistes utilisant l’IA et de les exclure de ses recommandations éditoriales ou algorithmiques. Une fonction permettant de signaler l’utilisation de l’IA sur un morceau existe également, mais cette déclaration reste volontaire. Chez Apple, le sujet dépasse d’ailleurs la simple information des utilisateurs.
PLUS D’UN TIERS DES NOUVEAUX MORCEAUX SERAIENT GÉNÉRÉS PAR IA
Le responsable d’Apple Music, Oliver Schusser, a récemment donné une indication assez impressionnante de l’ampleur du phénomène : plus d’un tiers des nouveaux morceaux envoyés chaque mois sur la plateforme seraient désormais générés par intelligence artificielle. Cela ne signifie toutefois pas que les utilisateurs les écoutent massivement. Selon Apple, ces titres représentent moins de 1 % des écoutes. L’entreprise a parallèlement renforcé sa lutte contre la manipulation artificielle des statistiques. En début d’année, Apple Music a notamment doublé les pénalités financières appliquées en cas de fraude au streaming, la multiplication des contenus générés par IA faisant partie des raisons avancées pour durcir ces règles.
Qu’en penser ?
Afficher clairement l’utilisation de l’IA paraît assez logique à mesure que les morceaux générés automatiquement envahissent les plateformes. L’utilisateur pourra au moins savoir s’il écoute une création essentiellement humaine ou un titre largement produit par une IA. Mais le problème principal demeure : la vérification. Apple peut imposer une déclaration aux labels et aux distributeurs, mais identifier un morceau généré par IA lorsque son créateur choisit volontairement de le cacher risque d’être autrement plus compliqué.