La Norvège veut devenir le premier pays à interdire les lunettes connectées dans une partie de ses lieux publics. Le gouvernement a annoncé une loi d'interdiction temporaire visant les écoles, les parcs ou encore les plages, le temps de bâtir des règles permanentes. Les Ray-Ban Meta et toutes leurs cousines à caméra sont directement dans le viseur.
Une interdiction temporaire, et prioritaire
Le ministre norvégien de la Numérisation, Torgeir Micaelsen, a présenté le projet ce 5 octobre. Il s'inquiète de voir débarquer des appareils capables de photographier, de filmer ou d'enregistrer les conversations des gens sans qu'ils s'en rendent compte, et il ne veut pas d'une société où chacun se demande s'il est observé dans des endroits où il se pensait tranquille. Le texte prévoit donc une interdiction provisoire des lunettes à caméra et à micro dans les lieux où la vie privée compte le plus, le temps qu'un groupe d'experts, qui sera créé pour l'occasion, propose des règles définitives. Le gouvernement de centre gauche en a fait une priorité et compte déposer son projet de loi au Parlement le plus vite possible.
Mais quels endroits exactement ?
La liste est déjà longue. Les écoles, les crèches, les aires de jeux et les clubs de jeunes arrivent en tête, suivis des établissements de santé et des salles de sport avec vestiaires et douches. Les concerts, les événements sportifs, les musées, les centres commerciaux, les parcs et les plages pourraient s'y ajouter ensuite. Par contre, pas question d'une interdiction totale : l'usage privé n'est pas concerné, et des exceptions sont prévues pour les personnes qui tirent un vrai bénéfice de ces appareils, les malvoyants par exemple. Certains n'ont d'ailleurs pas attendu la loi, puisque les écoles d'Oslo et Equinor, la plus grosse entreprise du pays, interdisent déjà ces lunettes dans leurs murs.
Un produit qui se vend trop bien
Si la Norvège bouge maintenant, c'est que le sujet enfle à toute vitesse. Les Ray-Ban Meta se sont vendues par millions, Meta propose depuis un an une version Display avec écran intégré à 799 dollars, et Samsung prépare ses propres montures. Ailleurs, les réponses arrivent en ordre dispersé : l'Australie réfléchit à des restrictions dans certains espaces publics, des tribunaux ont banni ces lunettes de leurs salles d'audience, et aux Pays-Bas l'opticien Hans Anders a carrément arrêté d'en vendre. En France, rien de spécifique pour le moment. Le droit à l'image s'applique, bien sûr, mais aucune règle ne vise ces montures en particulier.
On en dit quoi ?
Cette pause forcée se comprend. La minuscule LED censée prévenir qu'une paire de Ray-Ban Meta filme ne rassure plus grand monde, et il aura quand même fallu des millions d'exemplaires vendus pour qu'un gouvernement s'empare sérieusement du sujet. Geler l'usage le temps de réfléchir, plutôt que de courir après la technologie dans cinq ans, c'est du coup une approche assez saine.