Ferrari vient de dévoiler l'intérieur de la Luce, sa toute première voiture 100 % électrique, conçue avec Jony Ive et Marc Newson, les anciens designers d'Apple derrière l'iPhone et l'Apple Watch. Du verre Gorilla Glass, de l'aluminium brossé, des boutons physiques et zéro plastique. On dirait clairement un produit Apple monté sur quatre roues.
L'Apple Car qu'Apple n'a jamais faite, en mieux
C'est à San Francisco, au 36e étage du Transamerica Pyramid, que Ferrari et le studio LoveFrom (fondé par Jony Ive après son départ d'Apple en 2019) ont présenté les pièces de l'habitacle de la Luce. Le volant, le combiné d'instruments, la console centrale, le sélecteur de vitesse en verre et un siège, le tout disposé sur des tables blanches. Pas de carrosserie : l'extérieur ne sera montré qu'en mai, avec des livraisons prévues dès octobre. La voiture portait jusqu'ici le nom de code "Elettrica", mais Ferrari a tranché : ce sera "Luce", "lumière" en italien. Côté performances, on parle de plus de 1 000 chevaux et d'un 0 à 100 km/h en 2,5 secondes. Ive et son associé Marc Newson ont travaillé plus de cinq ans sur le projet, selon Bloomberg.
Du verre, de l'aluminium et pas un gramme de plastique
La parenté avec Apple saute aux yeux. Le verre est fourni par Corning, le fabricant du Gorilla Glass des iPhone. Plus de 40 pièces en verre composent l'habitacle, des boutons au pommeau du sélecteur de vitesse. Ce dernier est percé de 13 000 trous au laser pour laisser filtrer la lumière quand le moteur s'active. Les écrans OLED viennent de Samsung. Le combiné d'instruments comporte trois cadrans circulaires avec des aiguilles analogiques en aluminium. Quand la voiture est éteinte, elles flottent dans le noir. Quand elle s'allume, elles brillent.
L'écran central, monté sur une rotule qui rappelle l'iMac G4, peut pivoter vers le conducteur ou le passager. On y retrouve des interrupteurs à bascule pour la climatisation, un bouton de volume physique, et une montre analogique qui se transforme en chronomètre ou en boussole. Le volant à trois branches est en aluminium massif, inspiré de la propre Ferrari 250 Europa d'Ive selon Road & Track, avec palettes de changement de vitesse et molette Manettino intégrées.
Le retour des vrais boutons
Ive n'a pas été tendre envers l'approche de Tesla et ses grands écrans tactiles. D'après Bloomberg, il estime que les écrans géants "déconnectent les gens de l'expérience de conduite" et contribuent aux accidents. Sa philosophie avec la Luce, c'est l'inverse : des commandes physiques avec un vrai retour mécanique, et un écran compact qui n'est pas indispensable pour conduire. "Si la source d'énergie est électrique, pourquoi l'interface devrait-elle être numérique ? C'est une hypothèse bizarre et paresseuse," a-t-il déclaré lors de la présentation.
Les aérations en aluminium s'ouvrent d'un geste de rotation avec un claquement satisfaisant. Les journalistes de Wired racontent avoir joué avec sans pouvoir s'arrêter. La clé est un boîtier en verre avec le logo Ferrari en encre électronique jaune : quand on l'insère dans la console, le jaune quitte la clé et migre vers le sélecteur et le tableau de bord. Tout s'allume d'un coup, décrit Fast Company.
On en dit quoi ?
C'est quand même un peu ironique. L'homme qui a popularisé les dalles en verre sur lesquelles on passe notre vie conçoit une voiture dont le but est de nous reconnecter au monde physique. Ive l'a confié à Vogue : il espère que cette approche aura une influence bien au-delà de cette seule voiture. Ferrari a entre-temps réduit ses ambitions électriques, passant de 40 % à 20 % de sa gamme en électrique d'ici 2030. Et c'est sans doute l'un des derniers gros projets de LoveFrom, dont l'équipe est aussi mobilisée par OpenAI après un rachat à 6,5 milliards de dollars. Mais si c'est ça, la voiture qu'Apple n'a jamais sortie, on veut bien.