Entrée en vigueur mi-juillet, la loi RIPOST interdit aux titulaires du permis probatoire de conduire, d'emprunter ou de louer un véhicule jugé trop puissant. L'amende peut monter à 15 000 euros et s'accompagner d'un an de prison. Sauf que le seuil de puissance n'est toujours pas fixé, et le décret censé le définir n'arrivera qu'à l'automne.
Ce que dit vraiment l'article 3
Derrière l'acronyme se cache la Réponse immédiate aux phénomènes troublant l'ordre public, la sécurité, la tranquillité, un texte fourre-tout dont l'article 3 concerne la route. Il interdit de céder, de mettre à disposition ou de louer une voiture puissante à quelqu'un qui roule en permis probatoire.
Peu importe d'où vient la voiture. Qu'elle vous appartienne, qu'un parent vous la prête pour le week-end ou que vous la réserviez chez un loueur, l'interdiction s'applique de la même façon. Le conducteur pris en faute est traité comme s'il n'avait pas le droit de conduire ce type de véhicule, d'où les 15 000 euros et l'année de prison qui figurent au barème des sanctions. Les loueurs et les plateformes qui laisseraient partir une voiture concernée s'exposent de leur côté à 1 500 euros, doublés en cas de récidive.
Un seuil que personne ne connaît
Reste un détail qui pose quand même problème : la loi ne dit nulle part à partir de quand une voiture devient trop puissante. Aucun chiffre au moment de la promulgation, ni en chevaux ni en kilowatts, et un décret d'application repoussé à l'automne.
L'interdiction est donc bien en vigueur, mais elle ne s'applique à aucun modèle identifiable. Les loueurs se retrouvent dans une situation acrobatique, puisqu'ils encourent une amende sans disposer du référentiel qui leur permettrait de savoir quelles clés ils n'ont pas le droit de tendre.
Les chiffres officiels racontent autre chose
C'est là que la mesure devient discutable. Les données de l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière montrent que la puissance moyenne des voitures impliquées dans les accidents de jeunes conducteurs tournait autour de 94 chevaux en 2022. Deux tiers d'entre eux roulaient même dans une voiture de moins de 90 chevaux.
À l'inverse, seul un cinquième des jeunes victimes se trouvait au volant d'un véhicule dépassant les 110 chevaux. Et 35 % des accidents mortels concernaient des voitures de quinze ans ou plus. La sportive n'est visiblement pas le problème principal, la vieille citadine fatiguée davantage.
On en dit quoi ?
Personne ne va défendre l'idée de mettre un jeune permis dans une voiture de 400 chevaux, et l'intention se comprend. Mais légiférer sur un seuil qu'on ne fixe pas, en laissant plusieurs mois de flottement à des professionnels qui risquent l'amende, c'est un peu la définition de la loi d'affichage. Surtout quand les chiffres de l'observatoire officiel pointent vers des voitures anciennes et modestes plutôt que vers des sportives. On aurait sans doute gagné plus de vies en s'occupant de la formation et de l'état du parc automobile des jeunes, mais ça se raconte moins bien dans un communiqué.