Si en Europe, et particulièrement en France, le réseau de recharge rapide s'est plutôt bien développé, la charge dite lente semble la grande oubliée de ces dernières années.
Pire que cela, certains opérateurs usent et abusent des tarifications dynamiques, au point de se retrouver avec des factures excessives, et totalement illisibles pour le commun des mortels.
C'est quoi, une "charge lente" ?
Il existe deux façon de charger sa voiture électrique : la charge dite rapide, qui utilise le courant continu via la connecteur CCS et la charge dite lente avec le fameux câble Type 2.
Dans le cas de la charge rapide, l'électricité va aller directement dans la batterie à de très hautes intensités, ce qui permet de récupérer 80% de la batterie entre 12 et 40 minutes. Ces bornes coûtent plus cher, notamment car elle doivent être raccordées à des sections haute puissance du réseau et nécessitent aussi des transformateurs ainsi qu'un câblage adapté.
La charge lente, elle, utilise le courant alternatif, celui qui circule déjà dans nos rues et nos maisons. Elle a l'avantage de nécessiter des installations assez peu coûteuses, car l'électricité arrive telle quelle dans le véhicule (à 16 ou 32A, en mono ou triphasé... comme dans votre domicile). La station doit simplement gérer les paiements, la connexion au véhicule et les éléments de sécurité (dijoncteurs, surtensions etc.). Il s'agit quasiment des mêmes bornes que vous avez peut-être déjà installé à la maison, même si les installations publiques sont souvent plus robustes pour éviter les dégradations. Il faut aussi rajouter le prix du foncier : les emplacements sont généralement loués aux opérateurs ou gérées avec un système de franchise/concessions. Le cas des parking est un peu particuliers : certains gèrent toute l'installation et l'entretien, d'autres délèguent le service à des opérateurs externes.
Nul besoin d'avoir fait Polytechnique pour comprendre que la charge lente est beaucoup moins coûteuse que la charge rapide, et pourrait être déployée à grande échelle assez facilement. Aujourd'hui, les parking ne proposent souvent que quelques bornes parmi des centaines de places, alors qu'il en faudrait des dizaines. Même chose en ville, où leur croissance est quasi nulle depuis des années.
Des tarifs difficiles à comprendre
Le premier problème de ces bornes concerne la tarification, et ce n'est vraiment pas une mince affaire !
Le prix du kWh n'est quasiment jamais affiché sur la borne et pour cause : il est variable ! Si vous avez (ou non) un abonnement, si vous passez par un opérateur virtuel... le prix peut varier du simple au double ! Regardez simplement cette plaquette d'eBorn, l'un des opérateurs les plus connus sur les bornes lentes en région Rhône-Alpes et en Provence :
Sur une borne de village, les non-abonnés vont donc payer 0,433€/kWh, ce qui est déjà plus cher que le prix de certaines bornes rapides sur autoroute, mais soit. Ensuite, eBorn rajoute des pénalités de 0,075€/mn, soit 4,5€/heure au delà des 100% de charge. En branchant votre véhicule, il faut donc calculer l'heure approximative de fin de charge (en général, elle s'affine sur le tableau de bord ou l'app) et penser à venir débrancher le véhicule avant les 100% pour éviter les pénalités. Déduire le coût final est donc déjà compliqué, sans parler de la charge mentale à bien vérifier la charge durant la journée ou la nuit. On notera d'ailleurs que chez eBorn, les abonnés ont des pénalités moins élevés que les non-abonnés, ce qui constitue déjà une forme d'injustice.
L'autre problème concerne les frais de roaming. Exemple ci-dessus, avec Chargemap (sans abonnement), où les pénalités passent de 0,075 à 0,083€ chez eBorn, mais le prix au kWh est moins cher que le prix officiel eBorn sans abonnement -allez comprendre. En utilisant ces cartes de tierce partie, les tarifs sont donc assez volatiles et il faut vérifier le tarif directement sur l'app de votre opérateur virtuel, Chargemap estime donc ici la charge à 19€, hors pénalités.
Nous avons pris des exemples au hasard de notre expérience, sans forcément vouloir montrer du doigt telle ou telle société (il nous fallait des cas concrets), mais ces politiques de pénalités sont très courantes quelque soit l'opérateur.
Pourquoi mettre des pénalités ?
Comme souvent, une minorité abuse parfois du système, et conduit à pénaliser tous les autres : les bornes de recharge ne font donc pas exception.
A l'époque où la charge était gratuite ou peu chère, il n'était pas rare de voir des voitures-ventouses monopoliser des bornes pendant des heures, voire des jours entiers. Malgré une charge terminée, elles ne bougeaient plus ! D'autres ont vite compris que ces emplacements étaient aussi très bien situés et évitaient de chercher une place pendant des heures, surtout en centre-ville... et qu'il n'était pas forcément nécessaire de brancher réellement le véhicule.
Bref, pour faire cesser ces pratiques, non seulement les communes se sont mises à dresser des PV pour les véhicules qui ne chargeaient pas, mais les opérateurs ont également sévi, en instaurant des pénalités très dissuasives, pour llimiter la durée de charge -Tesla le fait depuis des années, d'autres, comme Electra, ont rapidement suivi.
Par exemple, au bout de X heures, vous êtes facturés 5 à 10 euros l'heure supplémentaire, de quoi rapidement doubler le prix de la charge si vous ne libérez pas la borne. Sur le papier, c'est plutôt bien pour faire tourner les voitures, surtout dans des secteurs très demandés, comme les centre-villes ou les aires d'autoroute. On pourrait se dire que s'il y avait plus de bornes, ce genre de stratagème ne serait pas forcément nécessaires, mais faute de mieux...
Dernier point qui a son importance : toutes les voitures ne chargent pas à la même vitesse. Si le standard en courant alternatif est autour de 11Kw (16A sur 3 phases), d'autres ne vont accepter que 7kWh (32A sur une seule phase) et les plus rapides grimperont à 22kW (32A sur 3 phases). Les opérateurs doivent donc tenir compte des voitures qui chargent lentement, en retardant les pénalités, tout en poussant celles qui chargent vite à dégager rapidement la borne. Voilà pourquoi certaines ne s'enclenchent qu'une fois la charge terminée, quand d'autres ont lieu après une durée fixe (4 ou 5H par exemple).
Des pénalités parfois absurdes
Outre les coûts finaux pas toujours très clairs, les utilisateurs doivent aussi composer avec ces fameuses pénalités.
Durant nos derniers essais, nous avons été confrontés à des expériences très déroutantes. Par exemple, dans un hôtel en Suisse (dans le centre de Bâle)), des bornes gérées par Energie360 étaient proposées directement dans le parking de l'établissement. En arrivant vers 20H40, nous avons branché notre véhicule, qui s'est chargé jusqu'à 1H du matin environ. Manque de chance, après 4H de charge, la borne facture 0,10CHF/mn pour l'occupation de la borne ! Résultat ? Pour avoir débranché la voiture au petit matin, vers 8H30, nous avons 26,40CHF de pénalités pour 13,61CHF de charge effective !
Comme vous l'imaginez, personne ne va se relever au milieu de la nuit pour débrancher un véhicule dans un hôtel. Les pénalités devraient donc s'arrêter durant la nuit a minima et encore : même durant la journée, si vous êtes en pleine visite touristique, pas facile de revenir rapidement déconnecter une voiture ! Interrogé, l'opérateur nous a rétorqué la chose suivante :
Nous comprenons toutefois votre remarque concernant l’application de ces frais durant la nuit, notamment sur un site situé à proximité d’un hôtel. À l’heure actuelle, aucune suspension nocturne de ces frais n’est prévue pour ce point de recharge. Nous avons transmis votre retour au service responsable afin qu’il puisse être pris en considération dans le cadre de l’évaluation des modèles tarifaires.
Autre exemple l'autre jour à Chamonix : nous partons voir l'éclipse sur les hauteurs vers 17H30 et le parking (payant) situé au pied des remontées mécaniques proposait une dizaine de bornes. La voiture a récupéré presque la moitié de la batterie, soit 25 kWh, ce qui nous a permis d'être à 100% en redescendant. Résultat ? 9,46€ de recharge pour... 9€75 de pénalités ! En effet, la voiture est restée 2H à 100%, soit presque 5€ de l'heure de frais supplémentaires !
Lorsqu'on part skier ou randonner, il n'est pas question (et rarement possible) de redescendre débrancher sa voiture. Sur un parking payant, la charge devrait d'ailleurs être un peu moins chère car on paie déjà l'occupation de l'espace. Une solution encore plus absurde aurait été de baisser l'ampérage sur l'application pour faire durer la charge le plus longtemps possible... et éviter les pénalités.
Vous l'avez compris, les pénalités ont du sens seulement si les bornes sont situées dans des lieux rapidement accessibles pour les clients (supermarchés, centre-villes...). Si vous êtes au ski, dans l'avion ou en train de dormir, elles sont presque impossibles à éviter !
Bilan : tout reste à faire !
L'Europe étant championne de la réglementation, il serait presque ironique de réclamer une nouvelle loi encadrant la recharge ! Après tout, ces opérateurs sont majoritairement privés et sont libres de fixer leurs tarifs.
La véritable problématique concerne plutôt le nombre de bornes lentes dans l'espace public et le manque de concurrence. Si les stations étaient plus nombreuses, les prix seraient sans aucun doute tirés vers le bas et les pénalités ne seraient pas forcément utiles. Aujourd'hui, non seulement les bornes sont difficiles à trouver, mais elles se révèlent être de véritables gouffres financiers pour les utilisateurs, parfois même sans parler de pénalités !
Reste qu'en attendant, il serait bon que les opérateurs n'abusent pas de certaines situations en surfacturant les recharges. Il faut que cela cesse !