Antonio Filosa, le directeur général de Stellantis, s'est engagé à conserver les douze usines françaises du groupe pendant au moins cinq ans. La méthode pour y parvenir a de quoi faire lever un sourcil, puisqu'il compte occuper les lignes de production sous-employées en y faisant fabriquer des voitures de constructeurs chinois. La déclaration a été faite devant le patronat, au forum d'été du Medef.
Douze usines maintenues, promis juré
Interrogé lors des Rencontres des entrepreneurs de France, fin août, sur sa capacité à garder ses douze sites tricolores d'ici cinq ans, Filosa a répondu par l'affirmative. Cela concerne les 38 000 salariés que le groupe emploie encore dans l'Hexagone, un chiffre qui pèse lourd dans un secteur automobile européen à la peine. Le marché du continent tourne aujourd'hui autour de trois millions de voitures de moins qu'en 2019, ce qui laisse des usines à moitié pleines un peu partout. Fermer des sites serait la solution comptable évidente, sauf que le patron de Stellantis a choisi une autre voie.
Des voitures chinoises fabriquées dans l'Hexagone
Sa recette tient en une idée, ne pas fermer mais partager, y compris avec la concurrence venue de Chine. Concrètement, Stellantis remplit ses lignes sous-utilisées en accueillant des modèles issus de partenariats avec des groupes chinois, à l'image de la coentreprise montée avec Dongfeng à Rennes pour y produire des véhicules qui ne marchent pas sur les plates-bandes de ses propres marques. Filosa se défend d'ailleurs de jouer les chevaux de Troie de Pékin et juge la présence chinoise désormais inévitable, tout en plaidant pour un Made in Europe qui engloberait la conception, l'ingénierie et la provenance des composants. Une position d'équilibriste, entre défense de l'emploi local et ouverture à des rivaux qui grignotent le marché.
Un milliard d'euros posé sur la table
Pour montrer patte blanche, le groupe accompagne sa promesse d'un investissement de plus d'un milliard d'euros en France. Une partie servira à lancer trois nouveaux modèles Peugeot électriques et hybrides à Mulhouse à partir de 2029, le reste allant à des activités de recherche et développement. Reste que l'engagement porte sur cinq ans et pas au-delà, et qu'il repose en bonne partie sur des accords avec des marques chinoises encore récents. La belle mécanique demande donc à être vérifiée dans le temps.
On en dit quoi ?
Il y a quelque chose d'assez vertigineux à voir un géant européen sauver ses usines et ses emplois en y faisant tourner des voitures de ses propres concurrents. Sur le principe, préserver 38 000 postes plutôt que de tailler dans le vif est difficile à critiquer. Mais transformer des usines Peugeot ou Citroën en ateliers d'assemblage pour la Chine, même partiellement, laisse une drôle d'impression, celle d'un secteur qui n'a plus vraiment le choix de ses armes.