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Renault investit 10 milliards dans l'électrique en France, sous une condition

Par Vincent Lautier - Publié le

La promesse est énorme, la condition aussi. François Provost, le patron de Renault, annonce plus de 10 milliards d'euros d'investissements en France sur les cinq prochaines années pour accélérer sur la voiture électrique et faire baisser les prix. Sauf que rien ne se fera, prévient-il, si le contexte social et politique du pays ne le permet pas.

Renault investit 10 milliards dans l'électrique en France, sous une condition


13 milliards déjà investis



François Provost, arrivé cet été à la tête du groupe après le départ de Luca de Meo, rappelle que Renault a déjà mis 13 milliards d'euros dans ses usines françaises sur les cinq dernières années, avec le pôle ElectriCity du Nord qui assemble les R5 E-Tech, Mégane, Scénic et autres Alpine A290. Et ça tourne plutôt bien, puisque environ 500 000 voitures sont sorties des chaînes françaises l'an dernier, et que le groupe annonce au moins 25 % de mieux cette année.

Les 10 milliards qui viennent doivent financer la suite du plan futuREady présenté en mars dernier, avec 22 nouveaux modèles prévus en Europe d'ici 2030, dont 16 électriques, et une plateforme 800 volts pensée pour des recharges beaucoup plus rapides. L'objectif affiché, c'est de rendre l'électrique vraiment abordable.

Renault investit 10 milliards dans l'électrique en France, sous une condition


Mais c'est quoi, ce "si" ?



La phrase exacte est importante, le groupe réinvestira si le contexte social et politique en France le permet. Derrière la formule polie, le dirigeant regarde le feuilleton du budget 2027, une dette qui grimpe et des gouvernements qui tombent les uns après les autres. Il prévient qu'un scénario d'instabilité aurait un impact direct sur le groupe, ses salariés et ses fournisseurs. L'avertissement pèse d'autant plus lourd que la France représente 20 % de l'activité de Renault, mais 40 % de ses effectifs.

600 millions pour l'Espagne



Renault a confirmé il y a quelques jours 600 millions d'euros pour ses usines espagnoles de Valladolid et Palencia, qui doivent produire des électriques à prix serrés. La comparaison fait un peu mal, car alors que la France discute stabilité, l'Espagne encaisse les chèques sans poser de question. Les arbitrages entre usines européennes se jouent sur des détails, un coût de production, une taxe, un climat social. Renault ne menace de rien, mais chacun comprend que les 10 milliards pourraient très bien aller ailleurs.

Renault investit 10 milliards dans l'électrique en France, sous une condition


On en dit quoi ?



Cette sortie est autant un message aux politiques qu'une annonce industrielle. L'État détient toujours 15 % de Renault, et voir le constructeur poser ses conditions à son propre actionnaire en pleine préparation du budget, il faut oser. Mais difficile de crier au bluff, car les 13 milliards déjà investis prouvent que le groupe ne fait pas semblant quand il parle de la France. Et quelque 40 000 salariés suspendus à la météo politique du pays, ça devrait suffire à faire réfléchir tout le monde.