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Comment Donald Trump a imposé le rêve américain à TikTok

Par Laurence - Publié le

Le couperet ne tombera pas : TikTok a signé un accord pour rester aux États-Unis. En créant une nouvelle entité indépendante où ByteDance devient minoritaire, l'application aux 170 millions d'utilisateurs américains tente de clore le débat sur la sécurité nationale. Décryptage d'une manœuvre inédite qui pourrait bien servir de modèle à toute l'industrie de la tech sous tension géopolitique.

TikTok Donald Trump USA


Une nouvelle structure, avec ByteDance sous la barre des 20 %



Comme annoncé lors d’un accord préliminaire signé en décembre, TikTok confirme que sa branche américaine sera désormais opérée via une co-entreprise dans laquelle sa maison mère chinoise, ByteDance, conserve une participation minoritaire de 19,9 % — donc juste en dessous du seuil des 20 % exigé par la loi américaine.

Le reste du capital est réparti entre plusieurs investisseurs : Oracle (15 %), Silver Lake (15 %), MGX (fonds basé à Abou Dhabi avec 15 %), Dell (également cité parmi les investisseurs) et d’autres acteurs financiers, dont Susquehanna, selon les informations disponibles

TikTok US devient une entité indépendante. Elle sera dirigée par un conseil d’administration de sept membres, majoritairement américains. On y retrouve Shou Chew (DG de TikTok), un représentant d’Oracle et des dirigeants de fonds comme Silver Lake ou MGX. Cette gouvernance doit rassurer les sceptiques : les décisions stratégiques et politiques sont désormais prises par des mains américaines.

TikTok USA


Oracle, le nouveau coffre-fort des données



L’algorithme reste le cœur de la discorde. Ce moteur de recommandation, moteur de l'addiction au service, inquiétait les autorités : pouvait-il être manipulé par Pékin ? Pour lever les doutes, TikTok installe des garde-fous radicaux.

Oracle devient le pivot du dispositif. L'entreprise supervisera le stockage des données et sécurisera les algorithmes. Ce montage s'apparente à une véritable "nationalisation technique" pour garantir que les informations des utilisateurs américains ne quittent jamais le sol national.

Comment Donald Trump a imposé le rêve américain à TikTok


Dans l'immédiat, l'expérience ne change pas. Pourtant, un changement invisible arrive : l'algorithme va être réentraîné. En utilisant uniquement les données des utilisateurs américains, la plateforme pourrait proposer des recommandations légèrement différentes du flux mondial.

Cependant, le cordon n'est pas totalement coupé. ByteDance conserve la main sur des secteurs business clés : la publicité et l'e-commerce, le marketing et la communication, et l'interopérabilité mondiale. En clair, TikTok se découpe, mais ne se réinvente pas vraiment.

Récupération politique et zones d'ombre



Donald Trump n'a pas tardé à revendiquer la victoire, affirmant avoir aidé à sauver TikTok. Le message est clair : l'app reste disponible, mais elle est désormais patriot-compatible.

Mais tout n'est pas réglé. Plusieurs questions brûlantes subsistent : Pékin va-t-il valider ce montage sur le long terme ? L'isolement de l'algorithme est-il réel ou purement formel ? Le lien opérationnel avec ByteDance est-il vraiment rompu ?

À noter que cet accord ne concerne pas que TikTok : les applications CapCut et Lemon8 intègrent également cette nouvelle coentreprise, sécurisant ainsi l'ensemble du portefeuille de ByteDance aux États-Unis.

Qu'en penser ?



C'est un coup de maître diplomatique et financier. En acceptant de devenir minoritaire, ByteDance sauve sa présence sur son marché le plus lucratif. Mais ne nous y trompons pas : c'est un précédent historique. Pour la première fois, une puissance technologique étrangère est contrainte de "vendre" son indépendance pour rester autorisée. La question est maintenant de savoir si ce modèle de "coentreprise forcée" deviendra la norme pour toutes les apps étrangères jugées sensibles.