Actualité

Culture

Netflix et Black Mirror accusés d'avoir copié un film français de 1986, la justice dit non

Par Vincent Lautier - Publié le

La cour d'appel de Paris a donné raison à Netflix dans l'affaire de plagiat lancée par le producteur français Ciné-Mag Bodard. Ce dernier accusait la série Black Mirror d'avoir copié son film de science-fiction L'Unique, sorti en 1986, qui met en scène un hologramme remplaçant une chanteuse sur scène. Après six ans de procédure et 1,4 million d'euros réclamés, la justice a tranché en faveur de Netflix.

Netflix et Black Mirror accusés d'avoir copié un film français de 1986, la justice dit non


Un hologramme, deux époques



L'Unique est un film français sorti le 26 février 1986, réalisé par Jérôme Diamant-Berger sur un scénario co-écrit avec Olivier Assayas et adapté par Jean-Claude Carrière. L'histoire est celle d'un producteur qui crée secrètement un hologramme pour remplacer une chanteuse sur scène. Le film n'avait pas vraiment marqué les esprits à sa sortie, avec 85 928 entrées en salles, mais il avait quand même été projeté au festival de Berlin et au Fantasporto.

Trente-trois ans plus tard, en juin 2019, Netflix diffuse l'épisode "Rachel, Jack et Ashley aussi" dans la saison 5 de Black Mirror, avec Miley Cyrus. Le pitch : une pop star tombe dans le coma et son entourage crée un hologramme pour la remplacer sur scène. Ciné-Mag Bodard y a vu une copie de son film et a demandé le retrait de l'épisode dès décembre 2019.

Netflix et Black Mirror accusés d'avoir copié un film français de 1986, la justice dit non


15 points communs, mais pas de plagiat



Les avocats de Ciné-Mag ont listé 15 points de ressemblance entre les deux œuvres et réclamé 1,4 million d'euros de dommages. Netflix a nié le plagiat en juin 2020, et le producteur français a fini par assigner en décembre de la même année. Le tribunal de Paris a rejeté les demandes en décembre 2023, puis la cour d'appel a confirmé le 20 février dernier.

Les juges ont estimé que les œuvres étaient trop différentes sur le fond. Dans Black Mirror, l'hologramme n'apparaît que dans les huit dernières minutes de l'épisode, sans explication technique. Dans L'Unique, c'est le moteur de toute l'intrigue. Les personnages, les motivations et les relations entre les protagonistes ne se recoupent pas non plus.

Netflix et Black Mirror accusés d'avoir copié un film français de 1986, la justice dit non


Un concept qui n'appartient à personne



Netflix et House of Tomorrow, la société britannique qui produit Black Mirror, ont rappelé que le concept d'hologramme dans le spectacle vivant existait bien avant L'Unique. La série animée Jem et les Hologrammes date de 1985 (je m'en souviens tellement !), et Star Wars de 1977. L'idée fait partie de l'imaginaire collectif de la science-fiction depuis longtemps.

La cour a aussi rejeté l'argument du parasitisme, estimant qu'aucun élément original identifiable n'avait été repris. Ciné-Mag Bodard doit verser 25 000 euros à Netflix et House of Tomorrow pour couvrir les frais de la procédure en appel.

On en dit quoi ?



Le droit d'auteur protège la façon dont une histoire est racontée, pas l'idée de base. Deux films peuvent partir du même pitch sans que l'un copie l'autre, et la cour l'a bien rappelé. Quand un concept comme l'hologramme traîne dans la science-fiction depuis Star Wars, difficile de le revendiquer comme une création originale. Pour Ciné-Mag Bodard, six ans de procédure pour finir par payer 25 000 euros à Netflix, ça fait quand même cher la tentative.