Des chercheurs chinois viennent de publier LTE440, un logiciel capable de synchroniser l'heure terrestre avec le temps lunaire. Un problème moins anodin qu'il n'y paraît : sur la Lune, les horloges avancent de 58,7 microsecondes par jour à cause de la gravité plus faible.
Pourquoi le temps passe plus vite sur la Lune
C'est un effet prédit par Einstein dans sa théorie de la relativité générale. La gravité ralentit le temps, et comme la Lune exerce une attraction six fois plus faible que la Terre, les horloges y tournent légèrement plus vite. La différence semble ridicule : 58,7 microsecondes par jour. Sauf que pour la navigation spatiale, ce décalage est vite un cauchemar. Les systèmes GPS terrestres reposent sur des signaux radio dont le temps de trajet est mesuré à la nanoseconde près. Une erreur de quelques millisecondes sur la Lune peut faire rater un atterrissage de plusieurs kilomètres.
Comment fonctionne LTE440
L'équipe de l'Observatoire de la Montagne Pourpre à Nanjing a mis au point un modèle qui intègre à la fois la gravité lunaire et le mouvement de la Lune dans l'espace. Le logiciel, baptisé LTE440 pour Lunar Time Ephemeris, permet de convertir l'heure terrestre en heure lunaire en une seule opération. Plus besoin de calculs complexes. Les chercheurs affirment que leur système reste précis à quelques dizaines de nanosecondes près, même sur des projections de 1 000 ans. L'outil a été publié sur GitHub et un manuel d'utilisation est disponible sur le système de données astrophysiques de Harvard.
La NASA encore à la traîne
Côté américain, la Maison-Blanche avait demandé à la NASA en avril 2024 de développer un standard de temps lunaire appelé Coordinated Lunar Time, avec une échéance fixée à fin 2026. Le programme Artemis prévoit d'envoyer des astronautes sur la Lune en septembre 2026, trois mois avant cette deadline. Mais pour l'instant, la NASA n'a pas encore sorti d'outil fonctionnel comparable à LTE440. Les Chinois ont donc pris de l'avance en publiant leur logiciel gratuitement, un choix qui pourrait leur permettre d'imposer leur standard dans la communauté scientifique internationale.
On en dit quoi ?
C'est quand même très malin de la part de Pékin. Plutôt que de garder la technologie pour eux, ils la mettent en open source et laissent tout le monde l'adopter. Si LTE440 devient la référence avant que la NASA ne finalise son propre système, les Américains devront soit l'utiliser, soit réinventer la roue. La course à la Lune ne se joue plus seulement avec des fusées, visiblement.