C'est officiel. La Russie a aussi bloqué WhatsApp, après avoir restreint l'accès à Telegram hier, privant d'un coup plus de 100 millions d'utilisateurs de leurs messageries chiffrées. Le Kremlin veut les pousser vers Max, une application d'État développée par VK, sans chiffrement de bout en bout et dont les données sont accessibles aux services de renseignement sur demande.
Meta, "organisation extrémiste"
Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a confirmé le blocage en invoquant le refus de Meta de se conformer à la législation russe. Meta a été désignée organisation extrémiste par la justice russe il y a quatre ans, après l'invasion de l'Ukraine, ce qui avait déjà entraîné le blocage de Facebook et Instagram. WhatsApp avait quand même été épargné jusqu'ici, mais c'est terminé. Le régulateur des télécoms Roskomnadzor a retiré l'application de son registre officiel mercredi, alors que les restrictions sur Telegram ont commencé dès le 10 février.
La raison invoquée : les entreprises technologiques étrangères refusent de stocker les données des utilisateurs russes sur le territoire national. Et depuis le 1er janvier 2026, la loi oblige tous les services internet à conserver les messages pendant trois ans et à les transmettre aux agences de sécurité sur simple demande. Audio, vidéo, texte, métadonnées, et même les messages supprimés.
Selon la Russie, cet homme est à la tête d'une organisation extrémiste
Place à Max
Le Kremlin ne cache pas son objectif : faire migrer tout le monde vers Max, une messagerie développée par VK, le réseau social russe. L'app est préinstallée sur tous les appareils vendus en Russie depuis 2025, et les fonctionnaires, enseignants et étudiants sont déjà obligés de l'utiliser. Max se présente comme une solution tout-en-un avec messagerie, paiements et services administratifs. Mais elle ne propose aucun chiffrement de bout en bout, et ses développeurs assument que les données utilisateurs sont transmises aux autorités sur demande. WhatsApp a qualifié Max d'application de surveillance étatique, et Pavel Durov, le fondateur de Telegram, a dénoncé une tentative de forcer les citoyens vers une application conçue pour la surveillance et la censure politique.
Et les soldats en Ukraine ?
Le paradoxe, c'est que Telegram est aussi un outil de guerre pour la Russie. Les soldats sur le front ukrainien utilisent massivement l'application pour recevoir des alertes sur les drones et les missiles, et pour garder le contact avec leurs familles. Couper Telegram, c'est mettre en difficulté ses propres troupes. La mesure aurait déjà provoqué de la colère parmi les partisans de Poutine. Côté population, beaucoup de Russes se tournent vers les VPN pour contourner les blocages, mais Moscou a mis en place un filtrage du trafic internet chez les opérateurs télécoms, ce qui complique pas mal les choses.
Pavel Durov, fondateur de Telegram
On en dit quoi ?
La Russie y va franco, et prive 100 millions de personnes de toute messagerie chiffrée pour les pousser vers une app qui permet une surveillance de masse. C'est assez violent. Et bloquer Telegram alors que les soldats russes en dépendent pour leur propre survie sur le front, j'ai du mal à voir la logique. Mais bon, tout ceci n'est au final pas très surprenant, la Russie va finir par être aussi fermée que la Chine pour ses services numériques.