Un post X publié en décembre 2023, contenant uniquement les mots Cole Allen, a refait surface après la fusillade visant Donald Trump au dîner des correspondants à la Maison-Blanche. Le suspect identifié s'appelant Cole Tomas Allen, des dizaines de millions d'internautes y ont vu une preuve de voyage dans le temps. Sauf que c'est plus compliqué que ça.
Un message cryptique qui ressort de nulle part
Vous avez forcément suivi ça, tout s'est jouée ce week-end au Washington Hilton. Alors que Trump s'apprêtait à monter sur scène pour faire son discours, des coups de feu ont éclaté, et un homme de 31 ans, Cole Tomas Allen, originaire de Californie, a été interpellé, après s'être introduit dans le hall avec un fusil à pompe, un pistolet et plusieurs couteaux. Dans les heures qui ont suivi, son nom est bien sûr devenu viral, et c'est à ce moment-là que les internautes ont déterré un vieux post X publié le 22 décembre 2023 par un certain Henry Martinez. Le contenu du post ? Et bien seulement eux mots, Cole Allen. Aucun autre contexte, aucun autre tweet visible sur le compte, et une photo de profil avec Pepe la Grenouille en costume nœud pap'.
Le grand délire complotiste en action
Forcément, tout s'est emballé. Le tweet a dépassé les 50 millions de vues, et les commentaires se sont enchaînés sur le mode Henry, le FBI aimerait vous parler. Quelques curieux ont tripoté la photo de couverture du compte, qui pointe vers un site appelé Time Machine Organization, et y ont vu un rendu de l'image iconique de Trump le poing levé après la tentative d'assassinat de Butler.
Des théories plus farfelues ont même affirmé que Henry Martinez serait un scientifique de la NASA disparu, en s'appuyant sur un homonyme qui a publié un papier pour Lockheed Martin. Et comme Cole Allen aurait lui aussi été stagiaire au Jet Propulsion Laboratory selon son LinkedIn, le tableau complotiste s'est mis en place tout seul.
Une vieille bidouille
Le fact-checker italien David Puente a remis les choses à plat. La technique est éventée depuis des années : on crée un compte privé, on publie des dizaines de posts contenant des noms de personnalités secondaires ou semi-publiques, on garde tout caché, et on attend.
Si l'un de ces noms se retrouve un jour mêlé à un fait divers, un crime ou un scandale, il suffit de supprimer tous les autres posts et de rendre public celui qui matche. L'illusion de prédiction fait le reste. Et là, ça tombe bien, Cole Allen est aussi le nom d'un acteur qui a tourné dans plusieurs films avec Jim Carrey, ce qui augmentait mécaniquement les chances de voir ce nom apparaître quelque part, un jour, pour une raison ou pour une autre.
Quant à la fameuse Time Machine Organization, c'est en réalité une structure européenne qui s'occupe de numérisation 3D du patrimoine culturel, rien à voir donc.
On en dit quoi ?
Le plus fou dans cette histoire, c'est qu'on est en 2026 et qu'une astuce aussi basique continue de générer des dizaines de millions de vues. La méthode existe depuis le début des réseaux sociaux, elle a été documentée plein de fois, et pourtant elle marche encore comme au premier jour.
La faute en partie à l'algorithme de X qui pousse n'importe quel contenu spectaculaire sans vérification, et un peu aussi à notre cerveau qui adore les coïncidences à la con. Ce qui est plus gênant, c'est que dans le bruit, plus personne n'a vraiment envie de lire le démenti de Puente, qui doit faire 0,1% des vues du tweet original. Bref, méfiez-vous de toutes les bêtises que raconte Internet parfois.