Le jour même où Insta360 lançait sa Luna Ultra aux États-Unis, DJI lui a collé deux procès. Quarante-huit heures plus tard, le Chinois renvoyait la balle avec cinq brevets et une accusation qui cible le cœur du catalogue de son rival. La guerre des caméras d'action bascule donc en justice.
Une simple histoire de brevets ?
Il ya quelques jours, Insta360 a sorti la Luna Ultra outre-Atlantique, et le produit devient aussitôt le caméscope le plus vendu sur Amazon en vingt-quatre heures. Le même jour, DJI a déposé deux plaintes devant la cour fédérale du district est du Texas, à Marshall, le tribunal historiquement préféré des batailles de brevets justement. Le premier dossier invoque deux brevets de design, le second en aligne quatre autres dits utilitaires. L'accusation est frontale, puisque la Luna copierait la silhouette et les fonctions de l'Osmo Pocket, cette caméra de poche que DJI peaufine depuis 2018 jusqu'à l'Osmo Pocket 3 de 2023. Le fabricant réclame carrément une interdiction définitive de vente aux États-Unis, et accuse Insta360 de reproduire ce que DJI a passé près d'une décennie à concevoir.
La riposte chinoise contre les Osmo et les Ronin
Insta360 n'a pas attendu. Le 12 juin, la firme de Shenzhen déposait à son tour deux contre-plaintes en s'appuyant sur cinq brevets utilitaires américains qui couvrent la stabilisation de nacelle, le contrôle directionnel, le lissage d'image, l'incrustation de télémétrie et la stabilisation vidéo panoramique. Autrement dit, le socle technique de presque toute la gamme stabilisée d'en face, des Osmo Pocket aux séries Ronin et RS, jusqu'au récent Osmo 360. Le fondateur JK Liu a balayé l'idée d'une caméra opportuniste : la Luna Ultra est le fruit de plusieurs années de R&D indépendante, pas une réponse au produit d'un concurrent, son développement ayant démarré dès 2020. DJI avait d'ailleurs déjà attaqué Insta360 en mars 2026 sur des brevets de drones.
Le petit qui n'a plus rien d'un petit
On a longtemps présenté Insta360 comme l'outsider face au mastodonte DJI, sauf que les chiffres ont changé de camp. Sur le marché des caméras d'action, DJI tient un peu plus de 40 % quand Insta360 le talonne autour de 38 %, et GoPro se traîne loin derrière. À elles seules, les deux marques chinoises pèsent près de 90 % du marché japonais, là où GoPro régnait sans partage il y a trois ans. Quand des concurrents de ce calibre se disputent chaque part de marché, un procès devient une arme commerciale.
Ce choc frontal fait surtout voler en éclats le mythe d'une solidarité entre firmes chinoises. Dans leur ville de Shenzhen, la concurrence est une culture ultra-féroce, et même encouragée par Pékin pour forger des champions mondiaux. Choisir les tribunaux américains comme champ de bataille n'a d'ailleurs rien d'un hasard : c'est le marché le plus rentable, et c'est une arme marketing redoutable pour faire paniquer les revendeurs et bloquer l'adversaire.
On en dit quoi ?
DJI a dégainé un jour du lancement pour gripper la machine alors que la Luna était une sortie brûlante, et Insta360 a riposté en menaçant la quasi-totalité d'une gamme d'en face. Le risque concret, pour l'acheteur, reste cette demande d'interdiction qui pourrait priver les Américains d'une caméra très réussie. On a pas fini d'en entendre parler donc.