Actualité

Divers

Le remorqueur spatial censé sauver le télescope Swift a lui-même besoin d'un sauvetage

Par Vincent Lautier - Publié le

La NASA a confirmé lundi que LINK, le vaisseau de Katalyst parti début juillet rehausser l'orbite du télescope Swift, a perdu le contrôle de son orientation et tourne sur lui-même. Deux de ses trois roues à réaction sont hors service, alors que Swift perd de l'altitude et pourrait retomber dans l'atmosphère d'ici la fin de l'année.

Le remorqueur spatial censé sauver le télescope Swift a lui-même besoin d'un sauvetage


Deux roues à réaction sur trois hors service



Tout s'est joué le week-end dernier, quand l'engin est parti en rotation incontrôlée et que les communications sont devenues sporadiques. Le diagnostic publié lundi par la NASA est sévère : deux des trois roues à réaction sont inutilisables et les propulseurs à gaz froid ont perdu une partie de leurs capacités. Ces roues sont des volants d'inertie qui orientent le vaisseau en accélérant ou en ralentissant, sans consommer de carburant, et avec deux roues en panne, impossible de se stabiliser normalement. Bonne nouvelle quand même, LINK est toujours alimenté, répond aux équipes au sol, et ses trois propulseurs électriques au xénon fonctionnent. C'est avec eux que Katalyst compte stopper la rotation dans les prochains jours, avant de réécrire le logiciel de bord pour piloter l'engin dans cette configuration dégradée.

Le remorqueur spatial censé sauver le télescope Swift a lui-même besoin d'un sauvetage


Un dépanneur monté en neuf mois



En septembre dernier, la NASA a confié cette mission de la dernière chance à Katalyst Space Technologies, une jeune société de l'Arizona, pour 30 millions de dollars. LINK, 425 kilos, équipé de trois bras robotisés avec pinces et lidar, a été conçu, construit et testé en neuf mois, un délai record que le patron Ghonhee Lee résumait ainsi : une mission de ce genre prend normalement cinq ans à monter, nous l'avons fait en moins d'un an. L'engin a décollé le 3 juillet à bord de la toute dernière fusée Pegasus XL de Northrop Grumman, larguée depuis un avion au-dessus du Pacifique. Une première roue à réaction avait déjà flanché en début de mission, avant d'être rattrapée par une mise à jour logicielle. Visiblement, ça n'a pas suffi.

Le remorqueur spatial censé sauver le télescope Swift a lui-même besoin d'un sauvetage


Swift n'a plus beaucoup de temps



De son côté, le télescope Swift, lancé en novembre 2004 pour traquer les sursauts gamma et qui a coûté environ 500 millions de dollars, n'a aucune propulsion à bord. Son orbite est passée d'environ 600 à 400 kilomètres, et l'activité solaire gonfle l'atmosphère, ce qui accélère sa chute. Sans intervention, la retombée est attendue d'ici la fin de l'année, et sous les 300 kilomètres, tout amarrage deviendra impossible. Depuis février, la NASA a réduit d'environ 30 % la surface exposée du satellite pour freiner sa descente.

On en dit quoi ?



C'est quand même une histoire assez cruelle, ce dépanneur envoyé au secours d'un télescope à bout de souffle et qui tombe lui-même en panne à mi-chemin. La logique de la mission tient toujours : 30 millions de dollars pour prolonger de dix ans un instrument qui en vaut 500, le calcul est vite fait. Katalyst a déjà montré qu'elle savait réparer à distance, et ses moteurs au xénon lui laissent de vraies cartes en main. La fenêtre de tir, elle, ne négocie pas : chaque semaine perdue rapproche Swift du point de non-retour.