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Moscou veut forcer Apple à préinstaller une messagerie qu'elle a elle-même retirée de l'App Store

Par Vincent Lautier - Publié le

Le régulateur russe de la concurrence a ouvert lundi une procédure contre Apple, accusée de refuser la préinstallation de la messagerie d'État MAX et du magasin RuStore sur iPhone et iPad. Jusqu'à 4 milliards de roubles d'amende à la clé, dans un pays où la marque ne vend plus officiellement le moindre appareil depuis mars 2022.

Moscou veut forcer Apple à préinstaller une messagerie qu'elle a elle-même retirée de l'App Store


C'est le 15 juillet qui a mis le feu



Le FAS, l'autorité antimonopole russe, avait donné à Apple jusqu'au 15 juillet pour se conformer à la loi de 2019 qui impose des logiciels russes sur les appareils vendus dans le pays. La firme a lâché du lest sur un point seulement : depuis le 27 juillet, une mise à jour d'iOS 26.6 permet la préinstallation d'un moteur de recherche russe, Yandex ou Mail.ru, comme l'exige un texte qui réclame aussi qu'il soit actif par défaut et opérationnel sans le moindre réglage. Sur les deux autres exigences, rien. Apple n'a pas bougé, ni la messagerie nationale MAX ni le magasin RuStore n'ont fait leur apparition sur iPhone et iPad, et c'est ce refus qui a déclenché la procédure du 3 août.

Moscou veut forcer Apple à préinstaller une messagerie qu'elle a elle-même retirée de l'App Store


L'application réclamée, Apple l'a bannie en juin



MAX, c'est le gros morceau du dossier. Développée par VK depuis 2025, elle mélange messagerie, réseau social, accès aux services publics, identité numérique et paiements, sans chiffrement de bout en bout et avec la promesse assumée de transmettre les données des utilisateurs aux autorités sur simple demande. Moscou avait bloqué WhatsApp le 12 février pour lui faire de la place, coupant au passage plus de cent millions de comptes russes. Sauf que le 3 juin, Apple a retiré MAX de l'App Store en invoquant les sanctions internationales, le patron de VK étant lui-même sanctionné par Washington, Londres et Bruxelles depuis 2022. Dmitri Peskov avait alors jugé la décision pour le moins étrange, et voilà que le régulateur réclame la préinstallation d'office d'une application qu'Apple s'estime tenue de ne pas distribuer.

Une amende dans un pays où Apple ne vend plus rien



Les 4 milliards de roubles encourus, une quarantaine de millions d'euros, ne pèsent pas lourd. Les ventes officielles sont suspendues depuis mars 2022. Tous les iPhone qui circulent là-bas arrivent par importation parallèle, et la marque ne touche pas un rouble dessus. Quant à RuStore, l'exigence est tout simplement impossible à satisfaire en l'état, puisque iOS n'accepte de magasin d'applications concurrent que là où la loi l'y contraint, en Europe avec le DMA et au Japon depuis décembre dernier.

Moscou veut forcer Apple à préinstaller une messagerie qu'elle a elle-même retirée de l'App Store


On en dit quoi ?



C'est assez cocasse de voir un régulateur exiger la préinstallation d'un logiciel dont la distribution est bloquée par des sanctions qu'il ne peut pas lever lui-même. Et la procédure ne changera sans doute rien du tout, faute d'entité locale à poursuivre et de chiffre d'affaires à ponctionner sur place. Elle garde pourtant sa logique. Chaque mois passé sans MAX sur les iPhone russes est un mois où la surveillance des conversations échappe encore à Moscou, et c'est bien le vrai enjeu depuis le blocage de WhatsApp.