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Le Japon a demandé à Washington d'arrêter les mèmes Pokémon et Naruto

Par Vincent Lautier - Publié le

Le ministère japonais des Affaires étrangères a saisi l'ambassade des États-Unis à Tokyo en avril, en juin, puis en août, pour que le gouvernement américain cesse d'utiliser Mario, Pokémon et Naruto dans ses vidéos politiques.

Le Japon a demandé à Washington d'arrêter les mèmes Pokémon et Naruto


Trois démarches en cinq mois



Le Mainichi a sorti l'affaire le 3 août. Le ministère est passé par la voie diplomatique classique, l'ambassade américaine à Tokyo, pour faire valoir deux choses : la possibilité d'une atteinte au droit d'auteur, et le dommage causé à l'image des œuvres. Toshimitsu Motegi, le ministre des Affaires étrangères, avait posé le principe devant le Parlement dès avril. Il est inapproprié, même pour des institutions publiques, de reproduire une œuvre protégée sans le consentement des ayants droit. En juin, Kimi Onoda, ministre chargée de la stratégie de propriété intellectuelle dans le cabinet Takaichi, a remis une pièce en conférence de presse en rappelant qu'obtenir l'autorisation du titulaire des droits reste le principe de base du fair use. Aucune plainte n'a été déposée. C'est de la diplomatie, pas du contentieux.

Le Japon a demandé à Washington d'arrêter les mèmes Pokémon et Naruto


Du thème de Pokémon sur une vidéo de l'ICE



La liste est déjà longue. En septembre 2025, le Department of Homeland Security monte une vidéo d'arrestations menées par l'ICE sur le thème musical de Pokémon. Six mois plus tard, la Maison-Blanche récidive avec un visuel calqué sur Pokopia, typographie comprise, pour illustrer un « Make America Great Again », pendant que des images de frappes de missiles sur l'Iran se retrouvent habillées de la bande-son de Wii Sports. Il y a eu aussi un Mario monté sur la mission Artemis II par la NASA, et une vidéo générée par IA où Donald Trump apparaît en Naruto, publiée sur Truth Social.

Le Japon a demandé à Washington d'arrêter les mèmes Pokémon et Naruto


Pourquoi Tokyo n'ira pas plus loin



Le ministère ne peut pas attaquer, pour la raison simple qu'il n'est pas titulaire des droits. Les œuvres japonaises sont bien protégées sur le sol américain, mais seuls Nintendo, The Pokémon Company ou les éditeurs concernés auraient qualité pour saisir un tribunal, et aucun d'eux n'a la moindre envie de traîner l'administration Trump en justice pour un montage de quinze secondes. The Pokémon Company s'est contentée de préciser qu'aucune autorisation ne lui avait été demandée. Nintendo n'a rien dit du tout. Au Japon, plusieurs pétitions ont circulé, dont une baptisée Protect Japanese Manga, sans plus d'effet. Il ne reste donc au ministère que la répétition polie, tous les deux mois, par la même porte.

On en dit quoi ?



Le calcul de Tokyo se comprend dès qu'on regarde ce que ces personnages représentent pour le pays : un produit d'exportation mis en avant depuis vingt ans, et qu'il voit désormais servir d'habillage à des vidéos d'arrestations. Trois saisines en cinq mois sur un dossier de mèmes, ça paraît disproportionné, sauf qu'il n'existe aucun autre levier.