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Pokémon Go : vos balades pour attraper Pikachu ont servi à entraîner des robots de livraison

Par Vincent Lautier - Publié le

Pendant dix ans, les joueurs de Pokémon Go ont pris des photos sans le savoir pour Niantic. 30 milliards de clichés géolocalisés qui alimentent désormais un système de navigation ultra-précis pour des robots de livraison. Le partenariat avec Coco Robotics vient d'être officialisé, et personne n'avait rien vu venir.

Pokémon Go : vos balades pour attraper Pikachu ont servi à entraîner des robots de livraison


30 milliards de photos en dix ans



Pokémon GO a été lancé en 2016, et depuis nous sommes des centaines de millions de joueurs à avoir marché sur la planète entière pour tenter de capturer des Pokémon plus ou moins originaux. Ce que la plupart d'entre nous ignorait, c'est que chaque Scan de PokéStop, chaque photo en mode AR ou chaque mission, générait un cliché géolocalisé.

En dix ans, avec Pikmin Bloom et Monster Hunter Now en renfort, Niantic a accumulé 30 milliards d'images du monde réel. Des façades, des trottoirs, des carrefours, des monuments, tout y est passé. C'est faramineux, et c'est surtout la base d'un projet qui dépasse largement le jeu vidéo.

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Un GPS à quelques centimètres près



Niantic Spatial, la filiale IA de l'entreprise, a transformé cette montagne de données en un système appelé Visual Positioning System. Le principe : à partir de quelques photos d'un environnement, le modèle est capable de déterminer votre position avec une précision de quelques centimètres. Brian McClendon, le directeur technique, résume ça simplement : on sait où vous êtes et où vous regardez, à quelques centimètres près.

C'est bien plus fiable que le GPS classique, qui dans les centres-villes denses se retrouve perturbé par les bâtiments. Et c'est là que Coco Robotics entre en jeu. Cette startup exploite environ 1 000 petits robots, de la taille d'une valise, qui livrent des pizzas dans plusieurs villes américaines et européennes. Depuis le 10 mars, un partenariat officiel avec Niantic Spatial leur permet d'utiliser le VPS pour se repérer dans les rues. Comme le dit le patron de Coco, Zach Rash, faire courir Pikachu dans une rue et guider un robot de livraison, c'est techniquement le même problème.

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Qui a donné son accord ?



Toute cette collecte s'est faite dans les conditions d'utilisation acceptées au lancement du jeu. Sauf que 500 millions de personnes avaient installé Pokémon Go dans les 60 premiers jours, et on imagine bien que personne n'a lu les 40 pages de CGU avant de chasser son premier Roucool.

Niantic a depuis été revendu à Scopely, qui appartient au fonds souverain saoudien. Niantic Spatial, elle, est restée entre les mains des investisseurs d'origine, avec une participation de Scopely. L'air de rien, un jeu mobile gratuit a produit l'une des bases de données visuelles les plus puissantes au monde, et elle vaut aujourd'hui une fortune.

On en dit quoi ?



Bon, c'est très malin, il faut bien le reconnaître. Faire bosser des millions de joueurs (moi le premier) comme cartographes bénévoles pendant dix ans, puis revendre cette mine d'or à des robots livreurs de pizza, c'est quand même un beau retournement de situation. Bon par contre, la question du consentement reste entière. Accepter des CGU pour jouer à Pokémon Go et se retrouver à alimenter une base de navigation pour machines autonomes, ce sont deux choses assez différentes. En tout cas, la prochaine fois que vous croiserez un petit robot sur un trottoir, dites-vous qu'il vous doit peut-être une partie de son sens de l'orientation.