SpaceX a annoncé un accord pour racheter un portefeuille national de fréquences 800 MHz aux États-Unis, avec un objectif assumé : faire de Starlink un « opérateur mobile majeur ». Le message est bien passé auprès des investisseurs, AT&T, Verizon et T-Mobile ont perdu plus de 6 % dans les échanges qui ont suivi la clôture de Wall Street.
Presque 3 milliards de dollars
L'annonce est tombée sur X, et elle ne nommait même pas le vendeur. Reuters a identifié Grain Management, un fonds américain spécialisé dans les infrastructures numériques, qui a confirmé céder 100 % de ses licences nationales dans la bande des 800 MHz, soit jusqu'à 14 MHz de spectre apparié, avec un bloc pour envoyer les données et un autre pour les recevoir. Le montant n'a pas filtré, mais on a un bon ordre de grandeur : Grain avait racheté ces mêmes fréquences à T-Mobile pour 2,9 milliards de dollars, environ 2,6 milliards d'euros, dans une vente finalisée en août. L'opération devra encore obtenir le feu vert de la FCC, le régulateur américain des télécoms.
Mais pourquoi du 800 MHz ?
Plus une fréquence est basse, plus elle porte loin et mieux elle traverse les murs. Starlink Mobile, le service qui connecte les smartphones directement aux satellites, utilise aujourd'hui des fréquences autour de 2 GHz, récupérées chez EchoStar pour 17 milliards de dollars en septembre 2025. Ces ondes apportent du débit, pas de la couverture en intérieur. Les 800 MHz serviront du coup de couche de couverture pour aller chercher les téléphones jusque dans les bâtiments, et la plupart des smartphones actuels gèrent déjà cette bande, pas besoin d'en changer sur le papier. SpaceX veut associer ces fréquences à sa constellation Gen2, dont la FCC a autorisé cette semaine le déploiement de 15 000 satellites, et évoque même un réseau mixte qui combinerait satellites et antennes au sol.
Wall Street a tranché
Les trois grands opérateurs américains ont perdu entre 6 et 7 % après la clôture, un plongeon rare pour des valeurs aussi défensives. AT&T, Verizon et T-Mobile avaient pourtant vu le coup venir, puisqu'ils ont créé en mai une coentreprise consacrée au satellite que beaucoup d'analystes lisaient comme une réponse à SpaceX. La position de T-Mobile est quand même la plus étonnante dans cette histoire : ces fréquences 800 MHz lui appartenaient encore en août, et ses comptes prévoient qu'il touche une part des revenus si Grain les revend avec profit. Vendre son spectre à un fonds qui le revend deux mois plus tard à votre futur concurrent, il fallait le faire.
On en dit quoi ?
SpaceX attaque les opérateurs sur leur cœur de métier avec la seule brique technique qui lui manquait, et le marché l'a parfaitement compris. En France, rien ne change : Starlink est toujours un abonnement internet par satellite, et décrocher des bandes équivalentes en Europe s'annonce très compliqué, entre régulateurs nationaux et fréquences déjà attribuées. Mais aux États-Unis, les géants du telecom ont du souci à se faire, et pour une fois ce n'est pas une menace lointaine.