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Reflect Orbital veut vendre du soleil la nuit : 4 300 euros l'heure

Par Vincent Lautier - Publié le

Le 10 octobre, une lumière de plein jour a inondé pendant cinq heures le désert californien, au pied du mont Whitney. Derrière cette répétition grandeur nature se cache Reflect Orbital, une start-up qui veut louer la lumière du Soleil après le coucher grâce à des miroirs placés en orbite, facturée à l'heure. Les astronomes de la région n'avaient même pas été prévenus.

Reflect Orbital veut vendre du soleil la nuit : 4 300 euros l'heure


Cinq heures de faux soleil



Installée à Hawthorne, près de Los Angeles, la start-up vend un concept simple, le soleil à la demande. Faute de satellite en orbite, elle a simulé son futur service le 10 octobre, de 19 h à minuit, avec de puissants projecteurs installés près de Lone Pine, en Californie. D'après DarkSky International, la zone éclairée dépassait la surface de Manhattan, avec deux fois l'éclat d'une pleine lune. Des secouristes bénévoles du comté d'Inyo ont enchaîné exercices de recherche et transport de blessés sous cette lumière, eux que la start-up imagine en premiers clients. Le Bureau of Land Management, l'agence fédérale qui gère vraisemblablement le terrain, assure n'avoir été ni informé ni consulté.

Reflect Orbital veut vendre du soleil la nuit : 4 300 euros l'heure


Un premier miroir déjà autorisé



Le projet avance vite. Le 9 juillet, le régulateur américain des communications a validé Eärendil-1, un satellite de démonstration qui doit déployer à 625 km d'altitude un réflecteur souple de 18 mètres de côté, de quoi projeter au sol une tache lumineuse de 5 km de large. Plus de 1 800 commentaires publics, massivement hostiles, n'ont pas fait plier l'agence. Reflect Orbital vise toujours ses 50 000 miroirs d'ici 2035 et a réservé deux lancements chez l'indien Skyroot Aerospace. L'heure de soleil est annoncée à 5 000 dollars, environ 4 300 euros.

« La fin de l'astronomie au sol »



Reflect Orbital jure que l'intensité sera réglable, du plein midi au clair de lune, avec des zones d'exclusion autour des observatoires. Trois chercheurs ont publié leurs calculs dans The Astrophysical Journal Letters, et ça ne va pas du tout dans ce sens. Une fois la lumière diffusée par l'atmosphère, le halo resterait plus brillant qu'une pleine lune jusqu'à 14 km du point visé, et il faudrait s'éloigner de 34 km pour retomber sous un simple clair de lune. Un miroir de série de 54 mètres brillerait une quarantaine de fois plus fort que la pleine lune. Gáspár Bakos, qui enseigne l'astrophysique à Princeton et cosigne l'étude, ne cherche même pas à nuancer : « le mot inquiétude est bien trop faible », dit-il, avant d'évoquer « la fin de l'astronomie au sol ». DarkSky International attaque déjà l'autorisation.

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On en dit quoi ?



Pour le coup, la mise en scène avec les secouristes ne trompe pas grand monde. Des bénévoles n'auront jamais les moyens de s'offrir la moindre heure de soleil, et des habitants de Lone Pine parlent déjà d'opération d'image. Le vrai sujet, c'est quand même une entreprise privée qui s'apprête à revendre la nuit de tout le monde, sans que personne n'ait voté pour quoi que ce soit.