Vous les avez probablement déjà entendus. Ils prêtent leurs voix à Harrison Ford, Son Goku, Julia Roberts ou Cartman. Huit comédiens de doublage français viennent d'envoyer des mises en demeure à deux plateformes américaines d'intelligence artificielle, à savoir VoiceDub et Fish Audio, qui sont accusées de cloner leurs voix sans autorisation.
Des voix mythiques dans le viseur
La liste des plaignants est longue. Richard Darbois, voix française de Harrison Ford et de Buzz l'Éclair. Brigitte Lecordier, qui incarne Son Goku dans Dragon Ball depuis des décennies et a donné vie à Oui-Oui. Céline Monsarrat, la voix de Julia Roberts et de Dory dans Le Monde de Nemo. Christophe Lemoine, alias Cartman dans South Park. Adrien Antoine, qui double Thor et Batman en version animée. Philippe Ariotti, voix de Piccolo et Freezer dans Dragon Ball. Françoise Cadol, associée à Sandra Bullock, Angelina Jolie et Lara Croft. Et Benoît Allemane (qui est hélas décédé en fin d'année dernière). Huit voix parfaitement reconnaissables pour ceux qui aiment regarder en VF. Huit voix que des algorithmes ont aspirées pour les reproduire à la demande.
Françoise Cadol
Ce que réclament les doubleurs
Les deux plateformes qui sont ciblées dans cette plainte, à savoir VoiceDub et Fish Audio, proposent du text-to-speech en se basant sur des voix clonées de célébrités, qui sont accessibles avec un simple abonnement. C'est ultra simple à utiliser : vous tapez un texte, vous choisissez la voix de Harrison Ford version française (par exemple), et l'IA vous génère un audio en quelques secondes. Tout ceci, bien sûr, sans que Richard Darbois ait jamais donné son accord ni touché un centime.
Côté juridique, l'argumentaire est limpide : le droit français protège la voix comme attribut de la personnalité, et les services étant commercialisés sur le territoire français, c'est bien la loi française qui s'applique. Chaque comédien réclame 20 000 euros de dommages et intérêts, en plus, c'est évident, du retrait complet des modèles vocaux.
Un secteur qui se mobilise
Ce collectif qui répond au nom de "Touche pas à ma VF" milite en fait depuis plusieurs mois déjà. La bien connue Brigitte Lecordier rappelle que le secteur pèse un milliard d'euros de chiffre d'affaires annuel et fait vivre quelque 15 000 personnes en France. Et puis les précédents existent déjà. En 2025, Françoise Cadol avait obtenu des excuses publiques et la suppression d'une mise à jour de Tomb Raider IV-VI Remastered après qu'Aspyr Media a utilisé un clone de sa voix de Lara Croft. À l'international, Scarlett Johansson avait fait reculer OpenAI sur une voix jugée trop proche de la sienne. Le rapport de force commence à basculer.
On en dit quoi ?
Personne ne peut reprocher à VoiceDub ou Fish Audio de développer des technologies de synthèse vocale, le marché est là et la demande aussi. Sauf que ces plateformes monétisent des voix qui appartiennent à des individus précis, sans leur consentement, sans rémunération, et en les rendant accessibles à n'importe qui pour quelques euros par mois. On est là sur une question assez vertigineuse : à partir du moment où une voix devient un produit qu'on peut dupliquer à l'infini, qu'est-ce qui empêche de rendre obsolètes les gens qui l'ont construite pendant trente ans de carrière ?