Invité cette semaine à un événement organisé par The Indian Express en marge du sommet sur l’IA de New Delhi, Sam Altman a livré une défense appuyée du rôle de l’IA dans la société. En ligne de mire : l'impact environnemental, mais aussi l'accusation récurrente d’être responsable des vagues de licenciements observées dans la tech.
Une consommation d’eau jugée « totalement fantaisiste »
Sam Altman s’est d’abord attaqué à l'idée selon laquelle chaque requête adressée à ChatGPT consommerait des litres d’eau. C’est complètement faux, totalement déconnecté de la réalité , a-t-il affirmé, rappelant que ce problème concernait surtout les anciens systèmes de refroidissement par évaporation dans les data centers.
Selon lui, ces pratiques ne sont plus utilisées aujourd’hui, ce qui rend caduques les chiffres souvent relayés en ligne. Il a également réfuté l’idée qu’une requête ChatGPT consommerait l’équivalent de plusieurs charges de batterie d’iPhone, une estimation évoquée par certains chercheurs et médias.
L’énergie, un vrai sujet… mais à l’échelle globale
Sam Altman reconnaît toutefois que la consommation énergétique totale de l’IA soulève de grandes questions —non pas à l’échelle d’une requête individuelle, mais à celle de l’adoption massive de ces technologies à l’échelle mondiale. Pour lui, cette réalité impose une accélération de la transition énergétique : Le monde doit aller très vite vers le nucléaire, l’éolien et le solaire.
Ce débat est d’autant plus complexe qu’aucune loi n’oblige aujourd’hui les entreprises technologiques à publier leurs chiffres précis de consommation d’eau ou d’électricité. Aussi, les chercheurs tentent de reconstituer ces données de manière indépendante, tandis que les data centers sont déjà pointés du doigt pour leur contribution à la hausse des prix de l’électricité dans certaines régions.
Former un humain coûte aussi énormément d’énergie
Face aux critiques sur le coût énergétique de l’entraînement des modèles d’IA, Sam Altman a choisi de provoquer. Former un humain, ça prend vingt ans de vie, toute la nourriture consommée pendant ce temps, et même des milliers d’années d’évolution collective, a-t-il lancé, évoquant une discussion passée avec Bill Gates.
Pour lui, la vraie comparaison n’est pas entre l’entraînement d’un modèle et une requête humaine isolée, mais entre le coût énergétique d’une réponse une fois le modèle entraîné et celui d’un humain mobilisant ses compétences. Sur ce terrain, l’IA aurait déjà rattrapé, voire dépassé l’humain en efficacité énergétique — ce qui n'est pas très rassurant sur nos avenirs professionnels.
L’IA, bouc émissaire des plans sociaux ?
Mais Sam Altman ne s’est pas contenté de défendre l’IA sur le terrain environnemental. Il a aussi dénoncé une tendance croissante à faire porter à l’intelligence artificielle la responsabilité de plans de licenciements. Il y a clairement une dynamique où l’IA est rendue responsable de suppressions de postes qui auraient eu lieu de toute façon. Et il peut apparaitre dès lors plus facile de manier le plan social que d'affiner son recrutement...
Un discours à relativiser, le dirigeant étant autant juge et partie. Néanmoins, certains exemples viennent nourrir son propos. À l’automne dernier, Amazon avait ainsi attribué la suppression de 14 000 emplois à l’adoption accrue de l’IA, avant de revenir partiellement sur cette justification quelques semaines plus tard, dissociant finalement restructuration et automatisation.
Qu'en penser ?
Derrière ces prises de position, Sam Altman veut bien sûr éviter de diaboliser l’IAn et qu'elle ne soit perçue comme une technologie destructrice, qu’il s’agisse de l’environnement ou de l’emploi. Une stratégie compréhensible pour un acteur central du secteur, alors que l’acceptabilité sociale de l’IA devient un enjeu aussi crucial que ses performances techniques.
Mais, la situation est tout même très tendue : même si l’IA n’est pas seule responsable des transformations du marché du travail, elle en est désormais un accélérateur visible. Et c’est sans doute sur ce terrain — plus encore que sur celui de l’énergie ou de l’eau — que le débat public continuera de se cristalliser.