Avec plus de 120 millions d’utilisateurs en Europe, ChatGPT pourrait franchir un cap réglementaire majeur. La Commission européenne étudie actuellement la possibilité de classer l’assistant d’OpenAI comme « très grande plateforme en ligne » (VLOP) au sens du Digital Services Act (DSA).
Un seuil largement dépassé
Le DSA, entré en vigueur il y a plus de deux ans, impose des obligations renforcées aux services dépassant les 45 millions d’utilisateurs mensuels dans l’Union européenne. Avec un public estimé à plus du double, ChatGPT coche largement cette case. Jusqu’ici, ce statut concernait surtout les géants des réseaux sociaux et du e-commerce, comme TikTok, Google ou Amazon. L’intégration potentielle d’un assistant conversationnel marque une évolution importante dans l’application du texte.
Si ChatGPT obtient ce statut, les conséquences seraient significatives. OpenAI devrait notamment renforcer la transparence de ses algorithmes, mettre en place des mécanismes plus stricts de modération des contenus, évaluer et limiter les risques systémiques (désinformation, manipulation, biais), ou encore ouvrir davantage ses systèmes à des audits indépendants. L’objectif affiché par Bruxelles est clair : adapter la régulation aux nouveaux usages de l’IA, devenus centraux dans l’accès à l’information.
Un changement de paradigme pour l’IA
Ce possible reclassement illustre une réalité : les assistants comme ChatGPT ne sont plus de simples outils, mais de véritables plateformes d’accès au contenu. À ce titre, ils entrent progressivement dans le champ des grandes régulations numériques européennes. Cela pose aussi une question plus large : comment encadrer des systèmes qui ne diffusent pas du contenu tiers, mais en génèrent eux-mêmes ?
Cette initiative s’inscrit dans un contexte plus global. L’Europe multiplie les textes pour encadrer le numérique, entre le DSA, le DMA et le futur AI Act. Pour OpenAI, cela signifie une adaptation rapide à des exigences de plus en plus strictes sur le marché européen, qui reste l’un des plus régulés — mais aussi l’un des plus stratégiques.
Qu’en penser ?
Ce possible classement de ChatGPT en tant que très grande plateforme confirme que l’IA est en train de changer de statut : d’outil technologique, elle devient une véritable infrastructure critique de l’information, au même titre que les réseaux sociaux ou les moteurs de recherche. En cherchant à l’intégrer dans son cadre réglementaire existant, l’Europe tente d’anticiper les risques — désinformation, biais, dépendance — mais aussi de poser les bases d’un modèle de confiance dans l’IA, centré sur la transparence et la responsabilité.
Cette démarche soulève toutefois un équilibre délicat que certains qualifient de frein au développement. D’un côté, une régulation stricte pourrait rassurer les utilisateurs et les institutions, en imposant des garde-fous à des technologies de plus en plus influentes. De l’autre, elle pourrait aussi ralentir l’innovation ou compliquer l’émergence de nouveaux acteurs face aux géants déjà installés, mieux armés pour absorber ces contraintes.
Au-delà du seul cas de ChatGPT, c’est donc toute la place de l’intelligence artificielle dans l’écosystème numérique qui se joue. L’Europe tente ici d’éviter de répéter les erreurs du passé, où les grandes plateformes ont souvent été régulées tardivement. Mais à ce stade on ne sait pas vraiment si ce cadre sera suffisamment souple pour accompagner l’évolution rapide de ces technologies, tout en garantissant un niveau de protection adapté à leur influence croissante.