Pendant que l'Europe légifère et que les États-Unis laissent le marché en roue libre, Séoul choisit une troisième voie. Le pays lance AI for All, un programme qui donnera à chaque Coréen un accès gratuit et illimité à l'IA générative, financé par l'État. Le lancement est prévu avant la fin de l'année, avec trois géants locaux aux manettes et un objectif assumé, traiter l'IA comme un service public.
Trois consortiums, zéro facture pour l'utilisateur
Séoul a retenu trois attelages public-privé pour porter ce projet ambitieux. SK Telecom apporte son modèle A.X K2 et ses 688 milliards de paramètres. KT arrive avec son Mi:dm K Pro 2.5, greffé sur le portail Daum. Kakao, lui, mise sur ce qu'il connaît le mieux et fera passer son modèle Kanana directement par KakaoTalk, la messagerie que tout le pays utilise au quotidien (et que j'ai longtemps utilisé en France après mon voyage en Corée !). Les accords se signent en septembre. Naver, pourtant poids lourd du secteur, a préféré se retirer, invoquant un calendrier trop serré et l'obligation d'intégrer des modèles tiers.
L'État met la main à la poche
Un tel service coûte cher à faire tourner, et le gouvernement ne se contente pas d'un vague discours. Il fournit dès cette année 512 processeurs graphiques Nvidia B200, les puces les plus demandées du moment, pour alimenter l'infrastructure. À partir de 2027, une aide publique viendra couvrir les frais de fonctionnement. On est loin du simple coup de communication, c'est un vrai budget engagé sur la durée.
Les zones d'ombre du projet
Tout n'est pas réglé pour autant. Personne ne sait encore ce que valent vraiment ces modèles coréens en face de ChatGPT ou de Claude, que les habitants utilisent déjà gratuitement tous les jours. L'aide publique promise pour 2027 n'a pas de montant public, et rien ne dit ce qui se passera ensuite. Un Coréen qui a pris ses habitudes sur un outil américain n'a pas de raison évidente d'en changer. Séoul parie donc que la gratuité totale et l'intégration dans KakaoTalk feront la différence.
On en dit quoi ?
L'idée a quelque chose de sympa. Pendant qu'on se demande en Europe comment encadrer l'IA sans se faire distancer, la Corée du Sud tranche autrement et décide simplement d'en équiper tout le monde. On peut y voir une belle ambition démocratique, ou du protectionnisme bien emballé pour pousser les modèles nationaux face aux américains. Les deux lectures se défendent. Reste que 512 GPU pour cinquante millions d'habitants, ça risque de coincer aux heures de pointe, et un service public qui rame, ça va faire jaser. Le monde entier regardera quand même le résultat avec attention.