Nvidia ne veut plus seulement fournir les puces qui font tourner l’intelligence artificielle. Le géant américain vient d’annoncer son entrée au capital de quatre entreprises françaises : Doctolib, Pigment, Genesis AI et Entalpic. L'annonce a été faite à Paris par Jensen Huang himself, en présence du ministre de l’Économie Roland Lescure. Derrière ces investissements, dont les montants restent confidentiels, Nvidia entend renforcer son influence dans la santé, les logiciels professionnels, la robotique et la recherche scientifique.
Nvidia mise sur la French Tech
C’est une annonce qui n’est pas passée inaperçue dans l’écosystème technologique français. Mardi 13 octobre, lors d’une réception organisée place Vendôme à Paris, le patron de Nvidia a dévoilé des investissements dans quatre startups françaises spécialisées dans l’intelligence artificielle.
Aux côtés du ministre de l’Économie, le dirigeant a affiché son ambition de contribuer à lancer la révolution de l’intelligence artificielle en Europe. Les quatre entreprises concernées sont Doctolib, Pigment, Genesis AI et Entalpic. Si leurs activités sont très différentes, elles ont un point commun : elles développent des applications susceptibles de nécessiter d’importantes capacités de calcul.
Les montants investis et les pourcentages de participation n’ont pas été communiqués. Doctolib a toutefois confirmé l’entrée de Nvidia à son capital, en précisant qu’il s’agissait d’une participation minoritaire, sans siège au conseil d’administration ni droit de gouvernance.
Doctolib et Pigment : l’IA au service de la santé et des entreprises
L’investissement le plus visible concerne évidemment Doctolib, la plateforme française de prise de rendez-vous médicaux. L’entreprise développe depuis plusieurs années des outils d’intelligence artificielle destinés aux professionnels de santé, notamment pour automatiser certaines tâches administratives et faciliter le suivi des patients. L’arrivée de Nvidia pourrait lui permettre d’accélérer ces développements, en s’appuyant sur les technologies et les infrastructures du fabricant américain.
Deuxième entreprise concernée : Pigment, fondée par Eléonore Crespo et Romain Niccoli. Moins connue du grand public, cette société développe une plateforme de planification destinée aux entreprises. Elle permet notamment de gérer les prévisions financières, les effectifs ou encore les ventes. Pigment mise désormais sur l’IA agentique, avec des assistants capables d’analyser les données, de construire des modèles et d’automatiser certaines opérations. Un secteur particulièrement intéressant pour Nvidia, puisque la multiplication de ces agents pourrait entraîner une augmentation des besoins en puissance de calcul.
Genesis AI et Entalpic : des robots aux nouveaux matériaux
Les deux autres investissements concernent des domaines plus spécialisés. Genesis AI travaille sur l’intelligence artificielle physique, ou Physical AI. Cette entreprise, présente à Paris et Palo Alto, développe des modèles destinés aux robots généralistes. Le but est de permettre à des machines de comprendre leur environnement, de raisonner et d’effectuer des tâches dans le monde réel. Genesis AI avait notamment réalisé une levée de fonds de 105 millions de dollars lors de son lancement. Ce domaine représente un axe de développement important pour Nvidia, qui ne cache pas ses ambitions dans la robotique et les systèmes autonomes.
Enfin, Entalpic utilise l’intelligence artificielle pour accélérer la découverte de nouveaux matériaux et molécules. La startup française travaille notamment sur la chimie, la catalyse et les technologies liées à l’énergie. Grâce à l’IA et aux simulations numériques, elle cherche à identifier plus rapidement des combinaisons prometteuses, avant de passer aux expérimentations en laboratoire. Entalpic avait levé 8,5 millions d’euros en 2024. Là encore, les besoins en calcul peuvent être considérables, notamment pour les simulations scientifiques.
Nvidia ne veut plus seulement vendre des GPU
Ces quatre investissements illustrent une évolution de la stratégie du géant américain. Depuis l’explosion de l’IA générative, Nvidia est devenu l’un des principaux bénéficiaires de la demande mondiale en puissance de calcul. Ses GPU équipent une grande partie des infrastructures utilisées pour entraîner et faire fonctionner les modèles d’intelligence artificielle.
Mais le groupe cherche désormais à se positionner directement dans les entreprises qui développent les applications de demain. En investissant dans des startups spécialisées, Nvidia peut accompagner leur croissance tout en favorisant le développement d’un écosystème susceptible d’utiliser ses propres technologies.
Le fabricant pourrait ainsi bénéficier de leur réussite à la fois comme actionnaire et comme fournisseur de solutions matérielles et logicielles. Cette stratégie ne se limite d’ailleurs pas à la France, Nvidia multipliant les investissements dans différentes entreprises du secteur de l’IA.
Qu’en penser ?
L’annonce constitue un signal positif pour la French Tech, qui attire désormais les investissements des plus grands acteurs mondiaux de l’intelligence artificielle. Avec Doctolib, Pigment, Genesis AI et Entalpic, Nvidia mise sur quatre secteurs très différents, mais potentiellement très consommateurs de puissance de calcul. Mais il demeure toutefois la question de la souveraineté technologique européenne. Si ces investissements peuvent accélérer le développement des entreprises françaises, ils illustrent également leur dépendance croissante aux technologies américaines. Et pour Nvidia, l’objectif est clair : ne plus seulement fournir les outils de la révolution de l’IA, mais participer directement à son développement.
Un représentant de Pollenrobotics (startup bordelaise) était aussi invité