La Document Foundation, derrière LibreOffice, a publié un billet de blog assassin contre le format OOXML de Microsoft. Son cofondateur Italo Vignoli y explique en détail pourquoi le format utilisé par défaut dans Word, Excel et PowerPoint ne sera jamais un vrai standard ouvert, et accuse Microsoft de faire passer ses intérêts commerciaux avant tout le reste.
7 000 pages de spécifications
C'est le chiffre qui revient en premier dans le texte de Vignoli, publié la semaine dernière sur le blog de la Document Foundation. La spécification du format OOXML, celui utilisé par défaut quand vous enregistrez un fichier Word, Excel ou PowerPoint, fait environ 7 000 pages. L'ODF (le format ouvert défendu par LibreOffice) est beaucoup plus concis. Et le problème ne s'arrête pas là : Microsoft n'utilise même pas la version "Strict" de son propre standard ISO, mais une variante dite "Transitional" qui embarque des dépendances à d'anciens formats propriétaires. On y trouve par exemple des instructions comme "autoSpaceLikeWord95" ou "shapeLayoutLikeWW8", qui demandent carrément aux logiciels tiers de reproduire le comportement de Word 95, pénible donc.
Des gènes renommés à cause d'Excel
L'argument le plus parlant est peut-être celui sur la recherche scientifique. Vignoli rappelle que Microsoft Excel a longtemps été incapable de gérer correctement certains noms de gènes humains, les convertissant automatiquement en dates. Le problème était tellement ancré que la communauté scientifique a fini par renommer ses propres gènes plutôt que d'attendre un correctif de Microsoft. Pour Vignoli, cette histoire résume bien la philosophie de Microsoft : les intérêts commerciaux passent avant tout le reste, y compris la recherche sur les maladies génétiques.
En Europe, ça bouge déjà un peu
La France recommande déjà l'ODF dans son Référentiel Général d'Interopérabilité pour les administrations publiques. L'Italie va plus loin en imposant l'ODF comme seul format autorisé dans son code de l'administration numérique. Et Vignoli n'hésite pas à rappeler que le processus de certification ISO du format OOXML avait été entaché d'accusations de manipulation de votes et d'irrégularités de procédure à l'époque. Le statut ISO est pourtant le principal argument de Microsoft pour présenter l'OOXML comme un format ouvert. Si même cette certification est contestée, ça commence à faire beaucoup.
On en dit quoi ?
C'est quand même un peu pénible que Microsoft continue à imposer un format que même ses propres logiciels n'implémentent pas correctement. Soyons clairs : la majorité des utilisateurs s'en fichent du format de leurs fichiers, et c'est justement ce qui permet à Microsoft de s'en tirer dans cette affaire. Vous avez déjà regardé si vos documents étaient en .docx Strict ou Transitional ? Eh bien moi non plus.