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Ne plus subir les GAFAM : l'Europe veut transformer l'open source en arme économique

Par Vincent Lautier - Publié le

La Commission européenne vient de lancer une consultation publique sur sa future stratégie open source. Objectif affiché : réduire la dépendance de l'Europe aux technologies américaines et transformer le logiciel libre en arme économique.

Ne plus subir les GAFAM : l'Europe veut transformer l'open source en arme économique


Une consultation qui pose les bases



Bruxelles a ouvert un appel à contributions qui court jusqu'au 3 février. Le document pose une question importante : comment l'Europe peut-elle reprendre le contrôle de son infrastructure numérique ? Parce que le constat est sans appel. Entre 70 et 90 % du code utilisé dans nos logiciels repose sur des briques open source. Sauf que voilà : ce sont souvent des développeurs européens qui écrivent ce code, mais ce sont les géants américains qui en tirent les bénéfices commerciaux.

La Commission identifie trois problèmes majeurs. Le manque de contrôle sur la chaîne logicielle complète. Les risques de sécurité liés à la dépendance aux fournisseurs étrangers. Et puis surtout un déficit de compétitivité face aux plateformes propriétaires qui verrouillent leurs utilisateurs.

Ne plus subir les GAFAM : l'Europe veut transformer l'open source en arme économique


Cloud, IA, cybersécurité : le programme est ambitieux



Cette stratégie ne se limite pas à un domaine précis. Elle cible le cloud computing, l'intelligence artificielle, la cybersécurité, mais aussi le hardware ouvert et les logiciels industriels pour l'automobile et la manufacture. Bref, tout ce qui constitue le socle technologique de demain.

Le problème que Bruxelles reconnaît volontiers : les programmes de recherche européens ne suffisent plus. Financer des projets open source via des subventions, c'est bien. Mais une fois le financement terminé, les développeurs se retrouvent souvent le bec dans l'eau. La Commission veut donc changer d'approche. Plutôt que de simplement sponsoriser la recherche, elle envisage de créer des partenariats public-privé pour aider les entreprises open source européennes à se commercialiser et à grossir.

Une stratégie attendue au premier trimestre



Cette consultation doit alimenter une Communication officielle prévue pour le premier trimestre 2026, qui sera publiée en parallèle du Cloud and AI Development Act. La Commission promet de dépasser son ancienne stratégie 2020-2023, qui se concentrait surtout sur l'usage interne de l'open source par les institutions européennes.

Cette fois, Bruxelles veut traiter l'open source comme un actif économique et politique. L'idée est de favoriser l'adoption massive dans le secteur public, d'encourager les contributions en amont par les entreprises privées, et de rendre la chaîne d'approvisionnement logicielle plus transparente via des audits de code systématiques.

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On en dit quoi ?



C'est quand même un virage intéressant pour l'Europe. Pendant des années, depuis des années, on râle de voir Bruxelles multiplier les régulations contre les Big Tech sans vraiment proposer d'alternative. Là, on passe à autre chose : construire plutôt que sanctionner. Le timing est bon aussi, avec les tensions géopolitiques qui rendent la souveraineté numérique moins absurde qu'avant.

Reste à voir si les moyens suivront. Une consultation, c'est bien. Des partenariats public-privé, pourquoi pas. Mais sans budget conséquent et sans simplification des marchés publics pour les acteurs open source, on risque de rester bloqués au stade des bonnes intentions. L'Europe a les développeurs, elle a l'expertise. Ce qui lui manque, c'est peut-être juste la volonté politique de jouer la carte open source à fond.