Amazon travaille sur une place de marché où les médias pourraient vendre leurs articles directement aux entreprises d'intelligence artificielle pour entraîner leurs modèles. Le projet, qui passerait par AWS, suit une annonce similaire de Microsoft. Les géants de la tech ont visiblement compris qu'il va falloir payer pour obtenir ce qu'ils volaient jusqu'à présent.
Une place de marché sur AWS
C'est The Information qui a sorti l'affaire. Amazon aurait présenté le concept à des dirigeants de la presse lors d'un événement AWS à New York, slides à l'appui. L'idée : créer une plateforme intégrée à AWS, aux côtés de Bedrock (le service d'IA générative d'Amazon) et de ses outils d'entreprise, où les éditeurs pourraient mettre en vente leurs contenus et les entreprises d'IA les acheter pour entraîner leurs modèles. Amazon prendrait sa commission au passage, parce que bon, il ne faut pas déconner non plus. Côté tarification, les éditeurs poussent pour un modèle basé sur l'usage : plus un contenu est utilisé par une IA, plus il rapporte. Pas de forfait fixe donc.
Microsoft avait dégainé en premier
Amazon n'est pas le premier sur le coup. Microsoft a lancé son Publisher Content Marketplace le 3 février, soit une semaine plus tôt. La plateforme a été conçue avec l'Associated Press, Condé Nast, Hearst, Vox Media et USA Today, et permet aux éditeurs de définir eux-mêmes les conditions de licence. Pour l'instant, Yahoo est le seul acheteur publiquement identifié.
Microsoft teste le système avec Copilot, son assistant IA, et intègre du contenu sous licence dans les réponses. Amazon, de son côté, paie déjà plus de 20 millions de dollars par an au New York Times pour alimenter ses modèles d'IA et les fonctionnalités d'Alexa. Et la nouvelle version d'Alexa+, gratuite et accessible par navigateur, intègre du contenu de plus de 200 médias.
Microsoft aussi est sur le coup
Pourquoi les médias acceptent de jouer le jeu
C'est assez simple. Les chatbots IA et les résumés dans les moteurs de recherche réduisent massivement le trafic vers les sites de presse. Moins de visites, c'est moins de revenus publicitaires. Les éditeurs préfèrent donc négocier un paiement à l'usage plutôt que de voir leurs articles aspirés sans contrepartie. En parallèle à ça, des outils comme Cloudflare et Akamai permettent déjà de bloquer les robots d'intelligence artificielle, et AWS propose la même chose avec CloudFront. Sauf que bloquer les bots ne fait pas rentrer d'argent.
D'où l'intérêt d'une place de marché, même si certains éditeurs doutent que suffisamment d'entreprises d'IA acceptent de payer, en particulier les plus petits, qui peinent à se monétiser.
On en dit quoi ?
On a quand même un gros sens de l'ironie chez les géants de la tech. Ce sont eux qui ont construit les IA qui aspirent le contenu des médias et assèchent leurs audiences, et maintenant ils se proposent de jouer les intermédiaires pour que ces mêmes médias se fassent un peu rémunérer. C'est un peu comme si le type qui a cassé la vitre vous proposait de vous la réparer moyennant une petite commission au passage. On va dire que c'est toujours mieux que rien. Mais le rapport de force actuel entre les géants de la tech et la presse est quand même franchement problématique, et il va falloir se poser les bonnes questions à un moment.