Une étude américaine parue dans le Journal of Research on Adolescence a suivi 12 000 adolescents pendant 4 ans, entre 10 et 14 ans. Verdict : ceux qui ont le plus augmenté leur usage des réseaux sociaux ont progressé plus lentement en vocabulaire, lecture et connaissances. Mais leur vitesse de traitement cognitif, elle, s'est améliorée.
Une étude massive sur quatre ans
L'étude s'appuie sur le projet ABCD, un programme de suivi américain qui rassemble 12 000 adolescents répartis sur 21 sites aux États-Unis. Les participants ont été évalués à 10 ans en moyenne, puis à 12 ans et à 14 ans. Leur usage quotidien des réseaux sociaux a été mesuré par auto-déclaration, avec une progression important : 7 minutes par jour en moyenne à 10 ans, 41 minutes à 12 ans, et 103 minutes à 14 ans. En quatre ans, le temps passé sur Facebook, Twitter et Instagram a donc été multiplié par quinze, c'est énorme.
Moins de vocabulaire et moins de connaissances
Le résultat le plus forme concerne ce que les chercheurs appellent l'intelligence cristallisée, c'est-à-dire les compétences acquises par l'environnement : vocabulaire, lecture, connaissances culturelles. Plus un adolescent augmentait son temps sur les réseaux sociaux, plus sa progression dans ces domaines ralentit.
Des réflexes plus rapides, paradoxalement
Là où l'étude surprend, c'est sur la vitesse de traitement de l'information. Les ados qui utilisaient davantage les réseaux sociaux étaient aussi plus rapides dans les tâches de comparaison visuelle. Les chercheurs expliquent ce gain par un effet de pratique : scroller, réagir à des notifications incessantes, passer rapidement d'un contenu à un autre entraîne le cerveau à traiter vite des stimuli visuels. C'est littéralement un entraînement à la réactivité en fait. Sauf que ce bénéfice reste cantonné à un registre très limité : on devient rapide sur des tâches simples, pas plus intelligent sur les tâches complexes qui demandent de la profondeur.
On en dit quoi ?
Cette étude tombe au moment où la France débat très fort sur l'impact de TikTok et des réseaux sur nos jeunes. Les chiffres de l'étude sont clairs : en quatre ans, le temps passé sur les plateformes explose littéralement, et ça se paie sur les acquisitions les plus profondes. Un ado qui passe 1h40 par jour sur les réseaux au lieu de lire ou de jouer, c'est mécaniquement moins de temps pour ingurgiter du vocabulaire et de la culture plus générale. On s'en doutait un peu, mais c'est bien d'avoir des chiffres sur ça.
Par contre, la nuance qui est apportée sur la vitesse de traitement est intéressante. Les ados d'aujourd'hui sont des as du swipe, du clic et de la réaction rapide. Ça peut être un atout dans certains métiers modernes, mais ça ne remplace probablement pas la profondeur intellectuelle qu'on perd à côté. Et puis il y a les limites que les auteurs eux-mêmes pointent : il manque une distinction entre les usages passifs (le scrolling) et actif (la création de contenu), avec un QI de base non contrôlé, et surtout la limite des heures auto-déclarées. Reste la question qui intéresse les parents : qu'est-ce qu'on fait avec ça ? Entre interdire Instagram à 10 ans et laisser faire, la réponse n'est pas dans cette étude, mais vous avez forcément votre petite idée non ?