Les démocrates ont repris la Chambre et le Sénat lors des midterms du 3 novembre, et la Silicon Valley, qui avait massivement financé le camp républicain, compte ses pertes. L'IA et les data centers se sont invités dans l'isoloir comme jamais, avec des conséquences à prévoir pour toute l'industrie, de la régulation des géants du secteur jusqu'au prix de la RAM de votre prochain Mac ou PC.
Un demi-milliard pour rien
Elon Musk a englouti au moins 474 millions de dollars dans cette campagne, un record pour un particulier, et près de la moitié est partie au Texas pour tenter de sauver le siège de sénateur de Ken Paxton. Le démocrate James Talarico l'a emporté, Gina Hinojosa a pris le poste de gouverneur à Greg Abbott, et 93 % des sommes engagées par l'America PAC de Musk ont financé des courses perdues.
Le scénario s'est répété un peu partout. Dans l'Ohio, Sherrod Brown a été réélu après une campagne centrée sur la facture électrique des data centers, alors que la Caroline du Sud a élu Annie Andrews, qui défend un moratoire de deux ans sur les nouvelles installations. Les publicités consacrées aux data centers ont représenté 173 millions de dollars de dépenses dans tout le pays, presque toutes à charge, et un sondage NBC de sortie des urnes indique que 56 % des électeurs ont jugé l'IA ou les data centers déterminants dans leur vote au Congrès. L'action Tesla a reculé d'environ 4 % dès l'annonce des résultats.
Des moratoires un peu partout
Le dossier texan est probablement le plus lourd, puisque l'État devait dépasser la Virginie et devenir le premier marché mondial du data center d'ici 2030. Gina Hinojosa propose un moratoire sur les nouveaux projets, la fin des allègements fiscaux et veut obliger les promoteurs à payer le vrai coût de leur électricité. Les républicains conservent le parlement local, ce qui limitera sa marge de manoeuvre, mais la direction est donnée. Des dizaines de communes américaines votaient aussi sur des restrictions ce même soir, et une bonne partie les a adoptées.
Côté fédéral, le nouveau Congrès veut enquêter sur la consommation d'eau et d'électricité des géants de l'IA, et les contrats publics de SpaceX pourraient passer au crible, à commencer par les 4,16 milliards de dollars signés avec la Space Force. Donald Trump garde son droit de veto, donc aucune grande loi anti-IA n'est à attendre avant 2028. Le vrai risque est ailleurs : JPMorgan chiffre à environ 5 000 milliards de dollars les infrastructures d'IA prévues d'ici 2030, en grande partie financées par de la dette, et des permis retardés ou une électricité plus chère suffiraient à fragiliser la rentabilité de ces chantiers.
La RAM n'est pas sauvée
On vous en parle régulièrement, les prix de la DRAMont doublé depuis fin 2025, parce que Samsung, SK Hynix et Micron réservent leurs lignes de production aux serveurs d'IA. J.P. Morgan anticipe même une hausse de plus de 400 % entre début 2024 et fin 2026, et cette flambée se retrouve directement dans le prix des portables, des smartphones et des barrettes vendues à l'unité. Sur le papier, un ralentissement de la construction de data centers pourrait détendre le marché de la mémoire. Dans les faits, rien ne se produira du jour au lendemain. Les usines ont déjà basculé vers les puces pour serveurs, qui se vendent bien plus cher, et aucun fabricant ne relancera des lignes grand public pour un marché qui rapporte moins. Un chantier gelé au Texas ne fera donc pas baisser le prix d'une seule barrette ce trimestre, et si les blocages se multiplient, les projets coûteront surtout plus cher à construire, sans baisse en face pour le grand public.
On en dit quoi ?
Le message des urnes est très clair, les Américains veulent bien de l'IA, mais pas de sa facture électrique ni de ses hangars de serveurs au bout du jardin. On doute quand même d'un grand coup de frein, entre le veto de Donald Trump et un parlement texan toujours républicain, les deux prochaines années ressembleront plus à une série de blocages et d'enquêtes qu'à une vraie pause de l'IA. Et par chez nous, le constat est un peu rageant, quelle que soit la couleur du Congrès, la RAM de votre prochain Mac restera chère encore un bon moment.