La plateforme qui permet aux créateurs de vivre du soutien direct de leurs fans vient d'annoncer une coupe brutale, avec 20 pour cent de ses effectifs remerciés, soit 93 personnes. Une décision que son PDG qualifie lui-même de douloureuse, tout en jurant que le cœur de l'activité se porte très bien. Le tout en pleine vague de licenciements liés à l'intelligence artificielle dans la tech.
Une saignée annoncée en pleine forme, du moins sur le papier
C'est Jack Conte, le patron de Patreon, qui a lâché la nouvelle dans une note rendue publique. Il y explique que le cœur de métier reste solide et régulier, mais que l'entreprise doit réagir à des changements qu'il qualifie de profonds, survenus en seulement six mois dans l'économie des créateurs. Les 93 salariés concernés partiront avec au moins seize semaines d'indemnités, ce qui reste plutôt correct pour une coupe de cette ampleur. Il s'agit du plus gros plan social de la plateforme depuis 2022, quand elle avait déjà supprimé 17 pour cent de ses postes.
Le patron s'échine à dédouaner l'intelligence artificielle
Là où ça devient intéressant, c'est dans la manière dont Conte présente les choses. Alors que tout le secteur lit cette annonce comme une énième coupe justifiée par l'IA, il prend soin d'écrire noir sur blanc que ces changements ne sont pas faits parce que l'entreprise croit que l'IA remplace les humains. Une précision qui en dit long, tant elle cherche à couper court à la lecture évidente. En pratique, le ménage consiste surtout à aplatir l'organisation et à recentrer les équipes sur le produit, avec l'idée d'améliorer l'expérience des créateurs et de leurs abonnés, et de les aider à faire grossir leur audience.
Un symbole de l'économie des créateurs qui vacille
Difficile de ne pas y voir un signe. Patreon, c'est quand même la maison qui a versé des milliards aux créateurs indépendants, podcasteurs, vidéastes, artistes ou auteurs, en prélevant sa commission sur chaque contribution mensuelle. Que cette référence taille dans ses rangs montre à quel point le terrain bouge sous les pieds de tout le monde. L'IA rebat les cartes du contenu en ligne, les habitudes des internautes changent vite, et même les plateformes qui se voulaient du côté des créateurs doivent revoir leur copie pour rester à flot.
On en dit quoi ?
Voir un PDG insister aussi lourdement sur le fait que l'IA n'a rien à voir avec ses licenciements, c'est un peu comme entendre quelqu'un jurer qu'il ne pense pas du tout à un éléphant rose. Le calcul est peut-être sincère, et le cœur du business de Patreon a beau se porter correctement, la brutalité de la coupe raconte une autre histoire, celle d'une économie des créateurs secouée en profondeur. Quand même la plateforme la plus emblématique du soutien direct doit se serrer la ceinture, on comprend que la fête est bel et bien finie pour tout le secteur.