Alors que la Gironde et les Landes affrontent des feux d'une ampleur historique, l'ingénieur Guillaume Rozier, déjà derrière CovidTracker et ViteMaDose, a mis en ligne flamap.fr. Cette carte gratuite rassemble sur un seul écran les détections satellites de la NASA, les relevés européens Copernicus et le vent de Météo-France, rafraîchis toutes les deux heures.
Le réflexe des données publiques
Vous le connaissez au moins de nom : Guillaume Rozier est cet ingénieur qui avait rendu la pandémie lisible avec CovidTracker, avant de simplifier la chasse aux rendez-vous vaccinaux avec ViteMaDose. Il a annoncé hier sur X la disponibilité de Flamap, d'abord pensé pour suivre l'énorme incendie de Gironde, puis étendu dans la foulée à toute la France métropolitaine et à la Corse. Le moment n'a rien d'un hasard : le feu qui ravage le massif des Landes de Gascogne depuis une semaine a déjà détruit plus de 42 000 hectares et poussé environ 220 000 personnes à évacuer, un bilan qui s'alourdit hélas d'heure en heure.
Mais qu'est-ce qu'on y voit ?
Sur la carte, chaque point rouge correspond à un foyer actif repéré par les instruments infrarouges VIIRS et MODIS des satellites de la NASA, via son programme FIRMS. Les zones sombres délimitent les surfaces déjà brûlées telles que les publie le service européen EFFIS du programme Copernicus, et des flèches animées affichent le vent à 10 mètres du sol issu du modèle AROME de Météo-France, ce qui permet de deviner dans quelle direction les flammes risquent de pousser. Un panache de fumée simulé, calculé à partir de la puissance des feux et du vent, complète l'affichage, et un curseur temporel permet de rejouer la progression d'un incendie sur plusieurs jours. Le tout tourne sur des briques open source comme MapLibre et OpenStreetMap, fidèle à ses habitudes.
Du quasi temps réel, pas du direct
Il faut savoir que la carte n'est rafraîchie que toutes les deux heures, et que les satellites ne survolent la France que quelques fois par jour. Un départ de feu peut donc mettre plusieurs heures à apparaître, et Flamap ne remplace en aucun cas les consignes des pompiers ou des préfectures. Autre limite, assumée sur le site : EFFIS ne publie que le contour le plus récent des surfaces brûlées, impossible du coup d'en retracer l'évolution complète. Quant à la fumée, elle est purement indicative et ne dit rien de la qualité de l'air que vous respirez.
On en dit quoi ?
Toutes ces données existaient déjà, éparpillées sur des sites austères et souvent en anglais. Le mérite de Rozier est de les avoir réunies sur une seule carte, en français, lisible par n'importe qui en dix secondes. On peut quand même regretter qu'en 2026, un outil pareil repose encore sur un ingénieur bénévole plutôt que sur la puissance publique. Comme au temps de CovidTracker, il aura suffi d'une personne motivée pour rendre lisible ce que tout le monde avait déjà sous la main.