Le département d'État américain travaille sur Freedom.gov, un portail qui permettrait aux Européens d'accéder aux contenus censurés par leurs gouvernements via un VPN intégré. L'activité des utilisateurs ne serait pas tracée. Le projet, révélé par Reuters, risque de créer une nouvelle tension entre Washington et Bruxelles.
Un portail d'État contre la modération européenne
Le projet est piloté par Sarah Rogers, sous-secrétaire d'État à la diplomatie publique. L'objectif est d'héberger sur des serveurs américains les contenus retirés dans d'autres pays, et de les rendre accessibles via un VPN intégré qui fait apparaître le trafic comme provenant des États-Unis. La page Freedom.gov affiche déjà un message sans équivoque : Information is power. Claim your human right to free speech. Get ready. Le tout décliné en plusieurs langues selon le pays de connexion. Le lancement était prévu pour la conférence de Munich sur la sécurité, mais il a été repoussé.
Le DSA en ligne de mire
Vous le savez, l'administration Trump considère que les règles européennes de modération, et en particulier le DSA (le règlement européen sur les services numériques), relèvent de la censure pure et simple. L'amende de 120 millions d'euros infligée à X en décembre 2025 est citée comme exemple. Kenneth Propp, un ancien responsable du département d'État, a qualifié Freedom.gov de tir direct contre la réglementation européenne, et a ajouté que ce portail serait vu comme une tentative américaine de court-circuiter les lois nationales. Des juristes du département d'État auraient d'ailleurs émis des réserves sur ce projet.
Couper Tor et lancer Freedom.gov
L'administration a en même temps coupé les financements d'outils anti-censure à but non lucratif comme Tor et Let's Encrypt, qui recevaient des fonds publics américains. On coupe donc les outils d'anonymat existants pour lancer un portail gouvernemental qui fait plus ou moins la même chose, mais sous contrôle de l'État. Côté européen, la Commission n'a pas encore réagi, mais le sujet pourrait bien compliquer des relations transatlantiques déjà tendues.
On en dit quoi ?
L'idée d'un gouvernement qui lance son propre VPN pour contourner les lois d'un allié, c'est assez inédit. On peut comprendre les critiques sur la modération de contenus en Europe, et le DSA pose effectivement parfois des questions. Mais un pays soi-disant ami de l'Europe qui crée un outil pour contourner les lois, c'est quand même un peu curieux comme approche.