Blue Origin vient de déposer une demande auprès de la FCC pour lancer jusqu'à 51 600 satellites en orbite basse. Le projet, baptisé Sunrise, ne vise pas à fournir de l'internet mais à déplacer des centres de calcul directement dans l'espace, pour soulager la Terre de la consommation énergétique liée à l'IA. Une ambition démesurée, même pour Jeff Bezos.
Des data centers en orbite, pas des antennes Wi-Fi
Le 19 mars dernier, Blue Origin a officialisé sa demande auprès de la Federal Communications Commission pour un projet baptisé Sunrise. Et il ne s'agit pas d'une énième constellation internet façon Starlink. L'idée est tout autre : placer des noeuds de calcul en orbite basse, autrement dit des data centers miniaturisés capables de traiter des charges de travail lourdes directement depuis l'espace.
Concrètement, ces 51 600 satellites seraient des unités de traitement dédiées aux tâches les plus gourmandes en ressources. On parle des modèles d'intelligence artificielle, du type ChatGPT, Claude ou Gemini, qui engloutissent des quantités colossales d'énergie et d'eau sur Terre. Blue Origin veut externaliser tout ça au-dessus de nos têtes.
Pourquoi l'espace résoudrait le problème énergétique de l'IA
L'argument principal tient en trois points. D'abord, l'énergie solaire est abondante en orbite, sans nuage ni cycle jour-nuit prolongé pour gêner la production. Ensuite, le refroidissement devient passif : les températures oscillent entre -157 degrés Celsius à l'ombre et +121 degrés au soleil, ce qui permet de dissiper la chaleur des processeurs sans pomper des millions de litres d'eau. Il faut aussi dire que l'espace offre un volume quasi illimité pour déployer des infrastructures, là où les data centers terrestres se heurtent à des contraintes foncières et réglementaires croissantes.
Blue Origin compte sur TeraWave, sa constellation de 5 408 satellites annoncée en janvier 2026. Ce réseau promet des débits allant jusqu'à 6 Tbps grâce à des liaisons laser. Les premiers lancements sont prévus fin 2027. TeraWave servirait de colonne vertébrale pour acheminer les données entre les satellites Sunrise et les stations au sol.
50 000 objets de plus en orbite, ça coince
Sauf que voilà, la communauté scientifique ne partage pas l'enthousiasme. Les radiations cosmiques et les tempêtes solaires dégradent le matériel bien plus vite que sur Terre. Maintenir 51 600 satellites opérationnels serait un casse-tête logistique permanent.
Et puis il y a le syndrome de Kessler. Ajouter plus de 50 000 objets en orbite basse, quand Starlink en compte déjà environ 10 000, multiplie les risques de collision en chaîne. Le chiffre de 51 600 est d'ailleurs probablement gonflé volontairement pour négocier avec la FCC. Du coup, difficile de savoir ce que le projet donnerait à échelle réduite. Bezos se retrouve aussi dans une position curieuse : il finance déjà Amazon Kuiper, concurrent direct de Starlink, et lance maintenant une deuxième constellation via Blue Origin.
On en dit quoi ?
L'idée de sortir les data centers de la Terre a du panache. Mais entre une demande FCC et des serveurs qui tournent en apesanteur, il y a un gouffre. Pour l'instant, Sunrise ressemble davantage à un coup de communication qu'à un plan industriel crédible.