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Écrans tactiles en voiture : pire que l'alcool au volant

Par Vincent Lautier - Publié le

L'assureur allemand Allianz a présenté à Munich, lors de son Motor Day annuel, une grande étude sur la distraction au volant, et le constat est assez violent pour les constructeurs qui ont tout misé sur les dalles tactiles. Un conducteur occupé à fouiller dans les menus de sa voiture conduit moins bien qu'un conducteur alcoolisé. La distraction serait impliquée dans un accident sur trois.

Écrans tactiles en voiture : pire que l'alcool au volant


34 000 accidents passés au crible



Le centre technologique d'Allianz a épluché plus de 34 000 dossiers d'accidents, complétés par du suivi du regard en voiture réelle et par un sondage mené dans neuf pays européens. Le rôle de la distraction ressort dans au moins 30 % des accidents, alors que les estimations officielles allemandes tournaient jusqu'ici autour de 10 %. Et le smartphone n'explique pas tout. Les écrans tactiles montés en série font des dégâts mesurables. Pour une même manipulation, la durée pendant laquelle le conducteur quitte la route des yeux varie de 25 % selon le cockpit, soit environ trois secondes d'écart entre une interface bien pensée et une usine à menus. Au-delà de deux secondes de regard détourné, le risque d'accident augmente très nettement.

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Mais pire que l'alcool, vraiment ?



Avec l'Université technique de Munich, Allianz a placé des conducteurs dans un simulateur face à quatre situations critiques. Certains devaient manipuler l'écran tactile au même moment, d'autres conduisaient avec une alcoolémie simulée de 0,8 g par litre de sang. Les conducteurs distraits ont fait pire que les conducteurs alcoolisés dans les quatre scénarios. Lors d'un freinage d'urgence sur autoroute, la part de collisions passe de 18 % chez les conducteurs attentifs à 54 % chez ceux qui tripotaient l'écran. Sur route de campagne, ces derniers ont mordu la voie d'en face une fois sur vingt. Les conducteurs attentifs et les alcoolisés, eux, ne l'ont jamais fait.

Le retour des boutons



Le sondage mené en parallèle confirme que les automobilistes n'en peuvent plus. Deux conducteurs sur trois réclament des commandes physiques pour les fonctions importantes, et la proportion atteint 72 % chez les 18-25 ans, la génération qui a pourtant grandi un écran à la main. Allianz demande du coup aux constructeurs de garder de vrais boutons pour les essuie-glaces, les clignotants, les feux ou le dégivrage. Le mouvement est d'ailleurs engagé par chez nous. Depuis cette année, le protocole Euro NCAP valorise les voitures qui conservent des commandes physiques, et les modèles neufs vendus en Europe doivent embarquer depuis juillet un système qui détecte la distraction du conducteur.

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On en dit quoi ?



Tout le monde a vécu la scène. Baisser la clim d'un degré demande trois appuis dans un sous-menu, alors qu'une molette se tournait sans quitter la route des yeux. Les constructeurs ont supprimé les boutons parce qu'un grand écran coûte moins cher que trente commandes et fait plus moderne en concession. Cette étude met des chiffres sur ce que tout le monde savait déjà, et ce n'est quand même pas rien. On espère que les marques qui promettent le retour des boutons physiques iront au bout de l'idée, parce qu'une molette de volume n'a jamais envoyé personne dans le décor.