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Autonomie des voitures électriques en hiver : non elle ne chute pas toujours de 50%

Par Vincent Lautier - Publié le

Les températures chutent et le débat sur l'autonomie des véhicules électriques refait surface avec les grosses gelées de ces derniers jours. Si certains rapports évoquent une perte de capacité drastique atteignant les 50%, la réalité physique est bien plus nuancée. Une analyse détaillée des données de conduite permet de démêler le vrai du faux entre l'usage urbain et les trajets autoroutiers.

Autonomie des voitures électriques en hiver : non elle ne chute pas toujours de 50%


La chimie des batteries face au froid



Il est vrai que les batteries lithium-ion souffrent lorsque le thermomètre descend. Comme le rappelle Le Figaro, la fenêtre de fonctionnement idéale de ces accumulateurs se situe entre 20 et 35 degrés. En dessous, la résistance interne des cellules augmente, ralentissant les échanges chimiques nécessaires à la production d'énergie.



Cette contrainte physique oblige le système de gestion de la batterie à consommer de l'énergie pour réchauffer le pack, en plus de celle nécessaire pour chauffer l'habitacle (parce que vous aussi vous avez froid). Sur des modèles comme la BMW i3 citée par le quotidien, l'autonomie peut effectivement fondre, c'est aussi le cas sur ma Renault Zoé. Sauf que voilà, généraliser une perte de 50% à tous les usages manque clairement de précision. C'est avant tout le contexte de conduite qui détermine l'ampleur de la surconsommation.

Autonomie des voitures électriques en hiver : non elle ne chute pas toujours de 50%


L'analyse des données : la ville comme pire scénario



Pour comprendre la mécanique réelle de cette perte, il faut se tourner vers la donnée brute. Julien Ohayon, utilisateur de Tesla, a partagé sur X une analyse poussée basée sur plus de 30 000 km de relevés. Ses graphiques croisent la température extérieure et la vitesse de déplacement, et les résultats apportent une nuance bien plus intéressante.

Visuel : Julien OHAYON
Visuel : Julien OHAYON


Le chiffre de 50 % de perte d'autonomie s'avère techniquement exact, mais principalement dans un cas de figure très précis : les trajets urbains à basse vitesse et par grand froid (-5°C). Dans cette configuration, le moteur consomme très peu d'énergie pour faire avancer le véhicule à 30 km/h. En revanche, le chauffage de l'habitacle et de la batterie tourne à plein régime. Le ratio entre l'énergie utilisée pour le confort thermique et celle utilisée pour la traction est défavorable. On perd beaucoup d'autonomie pour se chauffer, pas vraiment pour rouler.

Sur autoroute, la physique change tout



Dès que l'on quitte la ville pour l'autoroute, l'équation s'inverse totalement. À 130 km/h, la dépense énergétique principale du véhicule est utilisée pour vaincre la résistance de l'air. La consommation liée au chauffage, bien que présente, devient proportionnellement marginale par rapport à l'énergie cinétique requise.

Les données publiées par Julien Ohayon montrent qu'à -5°C sur autoroute, la surconsommation se stabilise aux alentours de 20 à 25%, et c'est aussi ce que je constate sur ma voiture électrique. On est très loin de la moitié de la batterie évaporée annoncée par les scénarios les plus pessimistes. Cette nuance est importante pour les longs trajets hivernaux : si une marge de sécurité est importante, elle est tout à fait gérable. J'ai moi même pu faire un Paris-Nîmes avec ma Renault Zoé, en ne rechargeant qu'une fois de plus, par rapport à mes habitudes estivales.

Didier n'a jamais peur du grand froid
Didier n'a jamais peur du grand froid


L'inattendu gain estival



L'analyse des données met également en lumière un phénomène physique souvent ignoré concernant les fortes chaleurs. On pourrait craindre que la climatisation par 35°C impacte l'autonomie autant que le chauffage en hiver. Sauf que les relevés indiquent qu'à 130 km/h par temps de canicule, la consommation est inférieure à celle constatée par 20°C.

L'explication serait surtout la densité de l'air. L'air chaud étant moins dense que l'air froid ou tempéré, le véhicule rencontre moins de résistance aérodynamique. Ce gain d'efficience mécanique compense, et même dépasse, la consommation énergétique du compresseur de climatisation.

On en dit quoi ?



Il est donc franchement important de rationaliser le discours parfois alarmant autour de l'électrique en hiver. Les titres alarmistes basés sur des pires cas créent une anxiété inutile chez les utilisateurs. Comme le démontrent les excellentes analyses de Julien Ohayon (qu'on vous invite à suivre sur X), la perte d'autonomie de 50 % est une réalité de bouchons, pas de voyages. Pour les longs trajets, là où l'autonomie est critique, la perte réelle tourne autour de 20%.