Faut-il laisser les voitures électriques imiter le grondement des moteurs thermiques ? C'est le débat qui agite actuellement les instances européennes, avec une décision attendue début 2026.
VROUM
Un débat réglementaire qui monte en puissance
Comme le rapporte Automobile Propre, la Commission économique des Nations Unies pour l'Europe débat depuis 2024 sur les systèmes ESES (Exterior Sound Enhancement Systems). Ces dispositifs permettent aux constructeurs de diffuser des sons de moteur thermique à travers des haut-parleurs externes, et ce, bien au-delà des simples alerteurs sonores obligatoires depuis 2019 pour prévenir les piétons. L'Organisation internationale des constructeurs automobiles pousse pour leur autorisation, avec le soutien de l'Allemagne et du Japon. En face, la France, les Pays-Bas et la Suisse s'y opposent fermement.
Trois philosophies sonores chez les constructeurs
Tous les constructeurs n'abordent pas la question de la même façon. D'un côté, Hyundai et Dodge assument pleinement la nostalgie du thermique. L'Ioniq 5 N simule le grondement d'un moteur et les à-coups d'une boîte manuelle via les technologies N Active Sound+ et N e-shift, jusqu'aux pétarades à l'accélération. La Dodge Charger Daytona va jusqu'à reproduire le son du V8 de l'ancienne Hellcat.
De l'autre côté, Porsche adopte une approche différente avec son Electric Sport Sound sur la Taycan : plutôt que de simuler un moteur thermique, le système amplifie les sons réels du moteur électrique en filtrant les bruits parasites. BMW, de son côté, a carrément fait appel au compositeur Hans Zimmer pour créer une signature sonore originale. Le créateur des bandes-son d'Inception et Interstellar y voit même une opportunité unique de redessiner les sons de nos villes.
Un enjeu de santé publique
Les opposants à ces systèmes avancent eux des arguments de poids. L'Agence européenne pour l'environnement classe le bruit routier comme deuxième risque environnemental du continent, juste derrière la pollution atmosphérique. Plus de 110 millions d'Européens seraient exposés à des niveaux sonores nocifs, et l'OMS estime que ce bruit fait perdre entre 1 et 1,3 million d'années de vie en bonne santé chaque année. Un compromis circule vaguement dans les couloirs de Genève : autoriser ces sons, mais les désactiver par défaut. La décision finale est attendue lors de la session plénière de février 2026.
On en dit quoi ?
C'est quand même un drôle de paradoxe : des constructeurs dépensent des fortunes pour concevoir des voitures silencieuses, puis en dépensent encore pour leur coller un faux bruit de V8. L'approche de Porsche ou BMW semble plus cohérente : créer une nouvelle identité sonore plutôt que d'essayer d'imiter un bruit pénible pour tout le monde. Et puis franchement… le silence des voitures électriques, c'est quand même l'un de leurs meilleurs atouts. Bon, au moins, si le compromis du son désactivé par défaut est adopté, chacun pourra choisir son camp, mais pour moi c'est tout choisi, je vote pour le silence ! Et vous ?