Le constructeur de véhicules électriques a publié ses derniers résultats trimestriels et, contre toute attente, il a réussi à dépasser légèrement les prévisions de Wall Street, malgré un contexte marqué par un ralentissement de la demande automobile et une pression croissante sur ses marges. Derrière ces chiffres se dessine toutefois une transformation stratégique majeure...
Des résultats meilleurs que prévu, mais une croissance en berne
Sur le trimestre, Tesla a enregistré un bénéfice par action de 0,50 dollar, au-dessus des attentes des analystes qui tablaient sur 0,45 dollar. Le chiffre d’affaires atteint 24,9 milliards de dollars, là aussi légèrement supérieur aux estimations.
En revanche, la comparaison annuelle montre un léger essoufflement : le revenu recule d’environ 3 % sur un an, tandis que le bénéfice par action était de 0,73 dollar à la même période l’an dernier. La rentabilité reste donc sous pression, avec une marge nette de 5,5 % et un rendement des capitaux propres relativement modeste.
Ce paradoxe —battre les prévisions tout en affichant un ralentissement— illustre bien la situation actuelle de Tesla : les marchés s’attendaient à pire, ce qui a suffi à soutenir momentanément le titre.
Robotaxi et conduite autonome : le vrai moteur
Lors de la conférence avec les analystes, la direction a largement insisté sur les avancées en matière de conduite autonome. Tesla affirme que des trajets FSD (Full Self-Driving) non supervisés sont déjà actifs à Austin, avec une flotte dépassant les 500 véhicules payants. Le but est ici de déployer un service entièrement autonome dans plusieurs villes américaines d’ici la fin de l’année, sous réserve d’autorisations réglementaires. En effet, sept nouvelles devraient d'ailleurs en bénéficier au premier semestre 2026 (Dallas, Houston, Las Vegas, Miami, Orlando, Phoenix, Tampa).
Cette orientation renforce l’idée que Tesla veut devenir une plateforme de mobilité logicielle récurrente, et non plus seulement un constructeur automobile. Le passage du FSD vers un modèle d’abonnement exclusif, avec près de 1,1 million de clients payants, va toutefois peser à court terme sur les marges automobiles, puisque les revenus ne seront plus encaissés en une seule fois.
Autres annonces majeures
Tesla prévoit de plus que doubler ses investissements pour dépasser 20 milliards de dollars en 2026. Six nouvelles usines sont évoquées, dont des sites dédiés au robot humanoïde Optimus (Elon Musk veut les commercialiser d'ici fin 2027), au Cybercab, aux batteries LFP ou encore au stockage d’énergie.
Cette stratégie de croissance volontairement agressive risque cependant de mettre sous tension le flux de trésorerie à court terme. C’est un pari assumé : investir lourdement aujourd’hui pour capter de nouveaux marchés demain.
Si l’automobile ralentit, la branche énergie, elle, continue de surprendre. Tesla affiche 12,8 milliards de dollars de revenus sur ce segment, en hausse de plus de 26 % sur un an, avec des profits records. Les projets Megapack, Megablock et une ambition de 100 GW/an de cellules solaires montrent que l’entreprise voit dans l’énergie un pilier stratégique à long terme.
Dans un mouvement symbolique, Tesla a confirmé l’arrêt prochain de la production des Model S et Model X. Les lignes de l’usine de Fremont seront converties pour la production d’Optimus, avec un objectif d’un million d’unités par an. Les dirigeants tempèrent néanmoins : la montée en cadence sera lente et progressive, typique d’une courbe en S. Le potentiel est immense, mais le risque d’exécution l’est tout autant.
Qu'en penser ?
En Bourse, l’action Tesla évolue autour de 430 dollars, avec une capitalisation dépassant les 1 400 milliards. Les analystes restent divisés : certains voient dans l’IA et la robotique un relais de croissance colossal, d’autres s’inquiètent d’une valorisation déjà très élevée au regard des performances automobiles actuelles.
Tesla réussit un trimestre meilleur qu’attendu, mais pas exceptionnel. La vraie histoire n’est plus seulement celle des voitures électriques : elle se joue désormais dans l’autonomie, la robotique, l’énergie et l’IA. L’entreprise d’Elon Musk semble prête à sacrifier une partie de ses marges à court terme pour tenter un basculement stratégique d’ampleur.