À partir du vol Crew-13, prévu le 12 septembre vers la station spatiale, les véhicules blindés qui patientent au pied de la fusée pour évacuer l'équipage seront remplacés par des Tesla Cybertruck.
C'est la vitesse de fuite qui a décidé du choix
Depuis 2013, la NASA gare des MRAP à proximité du pas de tir pendant les lancements habités, des engins militaires conçus pour encaisser une mine ou une embuscade. SpaceX avance que le vrai enjeu n'est pas d'encaisser mais de dégager, et qu'un Cybertruck sort de la zone de souffle nettement plus vite qu'un blindé de plusieurs tonnes. L'autre argument est plus terre à terre : ne plus avoir à se partager le même parc de blindés entre deux lancements, un problème qui s'est posé en février entre Crew-12 et Artemis II.
Des véhicules certifiés
Aucune transformation structurelle n'a été jugée nécessaire. Le travail de certification a porté sur des points bien plus prosaïques, comme la capacité à démarrer le véhicule avec les gants épais d'une combinaison spatiale, ou à y entrer et en sortir sans se coincer quand on porte un scaphandre. Un astronaute en tenue de vol ne se glisse pas dans une voiture comme vous et moi.
Le palmarès du véhicule n'aide pas
Sauf que voilà, onze rappels depuis 2023, c'est beaucoup pour un modèle aussi jeune. Une pédale d'accélérateur pouvait glisser et se coincer sous une garniture, à cause d'un excès de lubrifiant appliqué en sortie de chaîne. Un panneau de custode en inox se décollait et finissait par se détacher en roulant. Plus récemment, des goujons de roue ont été jugés susceptibles de se rompre. Tous ces défauts ont été corrigés, aucun n'est éliminatoire en soi, mais la liste reste longue pour un véhicule censé servir de dernier recours.
On en dit quoi ?
Le raisonnement de SpaceX tient debout, et c'est le plus gênant pour les moqueries faciles. Un MRAP protège d'un tir latéral, situation qui n'arrive jamais sur un pas de tir, alors que le danger réel est une explosion dont il faut s'éloigner en quelques secondes. Sur ce terrain précis, l'accélération d'un pick-up électrique bat un blindé sans discussion. Difficile de ne pas remarquer quand même que le choix tombe sur un véhicule fabriqué par une société dirigée par le patron de SpaceX, et que le rapprochement s'imposera tout seul le jour où l'un de ces véhicules refusera de démarrer pendant un exercice. Un blindé de l'armée américaine avait au moins l'avantage de ne rien devoir à personne.