Un an à peine après s'être lancé dans l'automobile, Dreame, le fabricant chinois d'aspirateurs et de robots de ménage, jette l'éponge et met un terme son projet baptisé Starry Sky. Son incroyable supercar annoncée à 0,9 seconde sur le 0 à 100 km/h n'était, semble-t-il, qu'une maquette sans châssis déplacée à la télécommande.
Du CES à San Francisco, une ascension éclair
L'aventure avait pourtant démarré sur les chapeaux de roue. Entré officiellement sur le marché auto en août 2025, Dreame s'était offert un stand remarqué au CES de janvier avec une supercar, avant de dévoiler à San Francisco, le 27 avril, sa Nebula Next 01 Jet Edition surnommée la Rocket Car.
Les promesses donnaient le vertige, un 0 à 100 km/h expédié en 0,9 seconde, soit plus vif qu'une Formule 1, une batterie solide au sulfure dépassant les 450 Wh/kg, une autonomie annoncée à plus de 550 km en cycle chinois, et même une poussée maximale de 100 kN empruntée au vocabulaire des fusées. Au plus fort de l'aventure, la division auto employait près de 1 000 personnes.
Une maquette sans moteur
Sauf d'après d'anciens employés cités par China Economy, la supercar exhibée au CES n'avait tout simplement pas de châssis et se déplaçait par télécommande, comme une grosse voiture de collection radiocommandée. La fameuse Rocket Car aurait carrément été achetée à une société de maquettes de Shanghai pour plusieurs millions de yuans, soit des centaines de milliers d'euros, puis rhabillée d'un châssis et de propulseurs juste pour faire illusion devant les caméras. La logique de la boîte marchait à l'envers, on levait d'abord des fonds, et seulement ensuite on débloquait un budget de recherche. Pour crédibiliser tout ça, Dreame débauchait à coups de salaires mirobolants et de titres ronflants chez les constructeurs installés, la priorité restant le financement, jamais la production.
Retour aux aspirateurs
La chute a été aussi brutale que l'ascension. Les licenciements ont commencé en mai, faisant fondre les effectifs de près d'un millier à quelques dizaines de personnes, essentiellement des profils finance, juridique et ressources humaines chargés de solder les dettes fournisseurs et d'annuler proprement les sociétés.
Les autorités locales s'en sont mêlées, en fouillant un peu l'usage des fonds d'investissement et bridant la liberté de dépenser les subventions publiques. Son patron Yu Hao a donc rangé ses rêves de bolides pour recentrer Dreame sur ses quatre métiers de base, l'aspirateur, la tondeuse robot, le deux-roues électrique et ses robots Magic Atom. L'entreprise continue malgré tout de viser une entrée en Bourse.
On en dit quoi ?
Difficile de ne pas glousser devant le tableau, un roi de l'aspirateur qui jure battre les Formule 1 avec un engin finalement déplacé au joystick. Sur le papier, l'histoire est quand même dingue, avec ses 0,9 seconde et sa batterie miraculeuse sortie de nulle part, comme si de rien n'était. Sauf que derrière la blague, il y a des fournisseurs qui attendent leur argent, des salariés remerciés par centaines et de l'argent public sur la sellette, ce qui refroidit vite l'envie de rire. Dreame retourne donc à ses aspirateurs.