Un centre de données d'Amazon Web Services a pris feu aux Emirats arabes unis après avoir été frappé par des "objets" non identifiés. AWS a dû couper l'alimentation de toute la zone de disponibilité concernée, provoquant des heures de panne sur EC2 et RDS. Amazon n'a ni confirmé ni démenti le lien avec les frappes iraniennes massives qui visent la région depuis samedi dernier, mais il est difficile d'écarter cette option.
Des "objets" et un incendie sur la zone mec1-az2
Hier, dimanche 1er mars, vers 13h30 (heure française), l'une des zones de disponibilité d'AWS aux Emirats, baptisée mec1-az2, a été touchée par ce qu'Amazon décrit pudiquement comme des "objets qui ont frappé le centre de données". Les impacts ont provoqué des étincelles et un incendie. Les pompiers sont intervenus et ont dû couper l'alimentation électrique du bâtiment ainsi que les générateurs de secours le temps de maîtriser le feu. Le reste de la région ME-CENTRAL-1 est resté opérationnel, mais cette zone précise a été plongée dans le noir.
Le mot "objets" a fait tiquer pas mal de monde, et pour cause : AWS n'a donné aucune précision sur leur nature. Interrogé par Reuters, Amazon n'a ni confirmé ni démenti un lien avec le conflit en cours. Une formulation particulièrement prudente.
Des centaines de missiles et de drones sur les Emirats
Le timing ne laisse pas beaucoup de place au doute. Depuis samedi, l'Iran mène des frappes massives contre les Emirats arabes unis en représailles à l'élimination de son guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, par les Etats-Unis et Israël. Le ministère de la Défense émirati a recensé 165 missiles balistiques, 2 missiles de croisière et 541 drones tirés vers le pays. Sur ces 541 drones, 506 ont été interceptés, mais 35 sont tombés sur le territoire, causant des dégâts matériels et faisant 3 morts et 58 blessés.
Les frappes ont touché des aéroports à Dubai et Abu Dhabi, des zones résidentielles proches du Burj Khalifa et du Dubai Marina, et même l'hôtel Fairmont The Palm a pris feu. Autant dire que dans ce contexte, un data center touché par des "objets" mystérieux ne trompe personne.
Des heures de panne sur EC2 et RDS
Côté impact technique, les clients AWS de la région ont vite constaté le problème. Les services Amazon EC2 et RDS sont devenus indisponibles dans la zone touchée, tout comme les volumes EBS. Les API réseau ont renvoyé des erreurs en cascade, en particulier sur AllocateAddress et AssociateAddress. AWS a recommandé aux clients de basculer sur d'autres zones de disponibilité ou d'autres régions, et de restaurer leurs sauvegardes les plus récentes.
La récupération a été progressive : cette nuit, vers 03h00 du matin (heure française), les API commençaient à revenir, mais AWS n'avait toujours pas d'estimation pour le rétablissement complet de l'alimentation électrique au moment où nous écrivons ces lignes. Pour les clients qui n'avaient pas de redondance multi-zones, la journée de dimanche a été particulièrement longue.
On en dit quoi ?
C'est la première fois qu'un conflit armé touche aussi directement l'infrastructure cloud d'un géant comme Amazon. Le fait qu'AWS utilise le mot "objets" sans jamais prononcer les termes "missile" ou "drone" en dit long sur la communication de crise : l'idée est de ne pas faire de ses centres de données des cibles politiques prioritaires. On ne va pas se mentir, cela pose une vraie question sur la résilience des data centers dans les zones géopolitiquement instables et sur la dépendance de milliers d'entreprises à une poignée de régions cloud. Les clients qui avaient prévu une redondance multi-zones s'en sont sortis ; les autres ont passé leur dimanche à prier.